Sécurité

Taher Hassane : « Nous allons mener un plan d’action sectoriel afin de mieux combattre le financement du terrorisme et le blanchiment de capitaux »

Taher Hassane : « Nous allons mener un plan d’action sectoriel afin de mieux combattre le financement du terrorisme et le blanchiment de capitaux »

(Niamey et les 2 jours) - Le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont aujourd'hui parmi les phénomènes qui préoccupent les Etats. Et le Niger, n'y échappe pas.

Pour répondre à ces deux fléaux qui gangrènent notamment la sous-région, une coordination des moyens inter-Etats est nécessaire dans la mise en œuvre d'un plan de lutte. C’est dans ce cadre que s’est tenu à Niamey, les 21 et 22 mai 2018, un atelier de validation du rapport d’évaluation nationale des risques de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme.

Organisée par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF-Niger) avec l’accompagnement de la Banque mondiale et du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), cette rencontre a permis d’apporter des modifications à ce rapport qui va servir de document de chevet dans la lutte contre ces deux phénomènes.

Taher Hassane est le président de la CENTIF. Il explique dans cet entretien le bien-fondé de ce rapport et son impact dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Niamey et les 2 jours : Vous avez pendant deux jours au Niger tenu un atelier de validation du rapport sur le financement du terrorisme et le blanchiment de capitaux. Ce rapport a-t-il finalement été validé ?

Taher Hassane : C’est un rapport national d’évaluation des risques au Niger, mais qui est aussi une recommandation du groupe d’action financière (GAFI), qui a demandé à ses Etats membres d’organiser individuellement une évaluation nationale de ces deux risques, pour mesurer la vulnérabilité et les menaces auxquelles ils sont confrontés, afin de mener des actions ciblées pour les atténuer.

C’est dans ce cadre que le Niger a adopté en 2016, une loi afin d'internaliser la loi uniforme des Etats membres de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest- africaine), qui fait obligation de conduire cette évaluation nationale des risques.

De notre côté, nous avons lancé cette évaluation nationale des risques depuis le mois d’août 2016. Des équipes ont été constituées et un groupe de travail acté par un arrêté du ministre des Finances, a travaillé depuis pour l'élaboration de ce rapport avec l'appui de la Banque mondiale et le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA).

Secteur par secteur, ce rapport montre la vulnérabilité et les menaces auxquelles sont confrontés les pays et propose un plan d’action. Lors de cet atelier à Niamey, les équipes ont, pendant deux jours, travaillé pour intégrer toutes les observations, notamment, les insuffisances relevées par la Banque mondiale et le GIABA. Ces deux structures nous ont accompagnées dans l’élaboration dudit rapport. Le document final après corrections, sera remis au gouvernement nigérien pour la validation. Une fois validé, il y aura un plan de mise en œuvre de l'ensemble du rapport qui bénéficiera d'un financement.

NE2J : Avez-vous une idée de l'enveloppe financière qui sera allouée à ces différentes mesures ou plans d'action ? 

TH : Pour l’instant, rien n’est encore chiffré. Mais nous le saurons une fois le plan d'action finalisé. Mais il est important de rappeler que pour une efficacité efficiente, le plan d'action sera mis en place de façon sectorielle.

NE2J : Quel est l’ampleur de ces deux phénomènes au Niger ?

TH : Le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont souvent très liés et concernent aujourd’hui presque tous les pays. Les attentats terroristes et kamikazes en sont souvent la face visible. Jusqu'à ce jour, notre vigilance nous a permis d'en échapper.

Pourtant, la menace est aux portes de nos frontières : à l'Est avec Boko Haram ; à l'Ouest avec le Mali où d'autres groupes mènent de temps en temps des incursions qui causent des dégâts et la détresse parmi les populations civiles et idem au Nord au niveau de la frontière avec la Libye où il existe de fortes menaces.

Mais au-delà de la stratégie sous-régionale, chaque pays développe des outils internes propres pour atténuer les risques d’attaques terroristes et de blanchiment d’argent. Au Niger, nous avons décelé certaines faiblesses au niveau de certains secteurs et nous mettons tout en œuvre pour y remédier.

NE2J : Quelles sont ces faiblesses ?

TH : Certaines faiblesses sont à caractère règlementaire et impliquent que nous revoyons notre arsenal juridique afin qu'il soit efficace pour mener la lutte contre tous ces phénomènes. Il y a aussi la porosité des frontières et la libre circulation des personnes et des capitaux dans la zone Uemoa qui favorisent le déplacement des terroristes.

L’autre faiblesse identifiée est l’utilisation massive des espèces sonnantes et trébuchantes lors des différentes transactions. Sur ce dernier point, les organismes bancaires notamment, doivent veiller à une surveillance rigoureuse en renforçant leur contrôle. Ceci, afin d'éviter ou d'atténuer les transactions très douteuses et de signaler aux autorités toute opération qui pourrait s'apparenter à un blanchiment d'argent.

NE2J : Quel est l’impact de ces phénomènes dans un pays comme le Niger ?

TH : Le Niger ne vit pas en autarcie, il évolue dans un espace communautaire. Nous avons des échanges avec les pays voisins et nous sommes une économie de roulement.

Il faut rappeler que le terrorisme est un frein aux échanges entre pays. Il y avait par exemple beaucoup d’échanges par le passé entre le Nigeria et notre pays, notamment au niveau de la région de Diffa. Mais, à cause des actes terroristes menés par le groupe Boko Haram, il y a certaines interdictions dans les transactions commerciales. Et la baisse du trafic commercial impacte fortement notre économie.

Il y a des études qui ont prouvé que l’Etat perd beaucoup, du point de vue de la fiscalité dans la région, du fait de la baisse des trafics commerciaux entre cette région et le Nigeria.

D'autres régions frontalières connaissent la même problématique et le mouvement des personnes et des biens y est aussi ralenti.  Donc, l’impact est réel et ressenti au niveau des frontières. Nous ne pouvons pas pour l’instant donner des informations chiffrées.

NE2J : En dehors de ce rapport, que fait la Centif pour limiter le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent?

TH : Le dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent et de financement du terrorisme existe au Niger depuis 2004, il est matérialisé par la création du Centif créé la même année. Mais il y a aussi d’autres structures de poursuite et de répression du trafic du blanchiment d’argent qui existaient déjà. La Centif mène beaucoup d'autres d’actions, notamment de sensibilisation et de formation.

NE2J : Qui finance le terrorisme ?

TH : Ce sont les terroristes qui financent le terrorisme. Ils recrutent tous les jours des jeunes qui passent à l’action. Et tant que nous n'aurons pas mis en place des outils efficaces pour contrer leurs actions, ils auront les moyens de continuer leur sombre dessein. Notre volonté est donc de couper tous ces financements. Il faut savoir que pour faire circuler facilement l'argent, les terroristes achètent des biens, font le change, le transfert bancaire, le mobile money, sans aucun contrôle.

Aujourd’hui, le défi c’est de contrôler ces mouvements de fonds qui se chiffrent à des milliards.

Propos recueillis par Sandrine Gaingne

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