Sécurité

L’opération française Barkhane dévoile un peu plus sa stratégie de lutte contre le terrorisme au Niger

L’opération française Barkhane dévoile un peu plus sa stratégie de lutte contre le terrorisme au Niger

(Niamey et les 2 jours) - 4 500 hommes, 4 avions de chasse, 3 drones, 2 avions ravitailleurs, 1 avion de transport des troupes… L’opération Barkhane représente à elle seule, le plus gros déploiement des Forces armées françaises hors de l’Hexagone ; dans un territoire presqu'aussi grand que toute l’Europe : entre 8 et 10 millions de km², à cheval entre plusieurs pays de la zone sahélienne. Depuis bientôt six années, la traque des groupes terroristes se poursuit sans relâche.

Toute première visite de la base aérienne projetée

Pour la première fois depuis le lancement de cette opération, les autorités françaises à Niamey ont convié la presse à une visite de terrain en zone opérationnelle. Accueil devant la résidence de l’ambassadeur par la conseillère politique ; puis, direction à bord d'un minibus, la base 101 de l’armée de l’air nigérienne à l'autre extrémité de la ville où, les Forces françaises ont pris leurs quartiers. 

Une zone militaire quasi-infranchissable 

Murs de sable épais surmontés de barbelés, postes de combats, chicanes, double herse... Equipés d'armes lourdes et légères, les militaires nigériens qui tiennent les premiers postes avancés de cette base sont en permanence sur les dents. Nous remettons nos papiers d'identité au premier checkpoint contre des badges. Ce qui nous autorise à suivre la voiture ouvreuse d'un officier nigérien sur une piste caillouteuse qui rejoint un peu plus loin, une route asphaltée construite par le génie de l'air français. Puis, nous cheminons quelques centaines de mètres sur une piste d'atterrissage avant l'arrivée au cœur névralgique de Barkhane : la base française ! Son périmètre obéit lui aussi à un protocole très stricte. Nouvelle remise de badges à toute l'équipe. On nous rappelle quelques règles de conduite : pas de photos sans accord express des autorités militaires. Celles autorisées sont très encadrées par une officière de communication. Tout au long de notre visite, elle nous demandera d'ailleurs à plusieurs reprises d'en effacer certaines, trop sensibles. Il est aussi formellement interdit de braquer l'objectif en direction de la base américaine mitoyenne ; bien qu'elle soit ultra protégée par un mur d'enceinte haut de plusieurs mètres qui ne laisse qu'apercevoir les antennes de communication.  

Le jour où nous partirons, tout ce qui a été fait profitera aux Nigériens 

En une demi-heure environ, en présence de monsieur l'ambassadeur de France au Niger, le commandant de la base aérienne projetée, présente les objectifs de Barkhane qui consistent essentiellement à affaiblir les groupes terroristes qui essaiment partout dans le Sahel. « Nous ne sommes pas là par notre seule volonté. Un accord a été passé en haut lieu. Nous n’avons pas d’agenda caché au Niger. Nous ne sommes propriétaires de rien ici, nous sommes au cœur d'un partenariat. Le jour où nous partirons, tout ce qui a été fait profitera aux Nigériens.», souligne-t-il. Il insiste aussi sur certains faits dont la fragilité de la situation sécuritaire dans toute la région. Car les Forces du G5 Sahel encore en constitution ne sont pas tout à fait prêtes à assurer la relève des Français. Tout en rappelant que si un grand conflit éclatait quelque part dans le monde, une partie du dispositif pourrait être susceptible d'être levée. Ce qui malheureusement pourrait faire les affaires des terroristes.

Apporter un appui au développement économique

La France participe à la formation des Forces nigériennes et des Forces partenaires du G5 Sahel. Elle a aussi apporté son soutien dans le cadre de la tenue du sommet de l'UA. Outre Niamey, deux autres bases importantes sont installées à Gao au Mali et à N'djamena au Tchad. En fonction de l'analyse des menaces, les forces peuvent être très rapidement transférées d'un endroit à l'autre.  « Mais nous sommes convaincus que ce n’est pas seulement par une approche militaire qu’on va résoudre le problème. En 6 ans, ce sont près de 16 milliards FCFA (25 millions d’euros) qui ont été investis dans toute la plateforme aéroportuaire sur la partie civile comme militaire.», souligne le haut gradé. De plus, les 450 militaires installés dans cette base génèrent 350 emplois directs qui profitent à l'économie locale.

Barkhane a aussi un volet social et humanitaire

Réfection des écoles, soutien aux hôpitaux, contribution au plan d'aménagement de la ville de Niamey dans la lutte contre les inondations, rencontres avec des chefs de quartiers ou de cantons... L'armée française ne vit pas en vase clos, rappelle le chef. Au quotidien, de nombreuses actions sont menées sur place pour aider ou apporter un soutien aux populations et institutions. Aussi, à travers des associations, les médecins militaires soutiennent certains projets : aide à la formation des personnels de santé ou encore don en consommables ou matériels médicaux. C'est ainsi que 2,5 tonnes de matériels médicaux avaient été fournis aux autorités du pays après un grave sinistre qui avait fait plus de 50 morts. 

Une stratégie qui s'adapte en fonction des menaces 

« On est en face des groupes terroristes bien entraînés qui savent qu’il ne faut pas faire plus de 25 mn quand ils commettent un acte.», explique le colonel. Pour répondre à cette menace, l'activité militaire française est quasi-quotidienne. En cas de besoin, les Mirages 2 000 (avions) sont prêts à décoller dans un délai compris entre 10 et 15 mn. « Nous essayons d'être le plus réactifs possibles.», souligne le commandant. La flotte de chasse effectue également les survols réguliers pour rassurer les troupes installées sur des bases isolées dans le désert ; mais aussi et surtout pour un appui au sol quand il faut se sortir d'un péril ou de mieux identifier la menace. « A plus de 1 000 km/h à moins de 50 mètres du sol, on met toutes les chances de notre côté pour protéger nos troupes face à l'ennemi.», appuie-t-il. Mais les Mirages ne pourraient voler qu'à peine 1h30, alors grâce aux avions ravitailleurs, leur autonomie peut aller jusqu'à 10h. Sur les 450 militaires en poste à la base de Niamey, les 3/4 sont issus de l'armée de l'air et 10% sont des femmes. Ils se relaient tous les 4 mois. Seul le commandant de l'opération y passe une année complète. La décision d'ouvrir le feu sur une cible ou une menace jugée très sérieuse est très lourde de sens. Et deux précautions valent mieux qu'une, cet ordre relève expressément de la base historique de N’Djamena au Tchad et d'un centre de commandement à Lyon qui suivent les opérations 24h/24. 

La France respecte le droit des conflits armés et humanitaires

Dans la traque des terroristes, le drone est un engin de grande importance. Avec une autonomie de plus de 20h et même volant à 7 000 mètres d'altitude à une vitesse de croisière de 300 km/h, ses caméras bardées de télescopes lui assurent une vision nette quel que soit le temps le jour ou la nuit. Un équipage de quatre personnes veille au bon déroulement de chaque vol, puisque l'engin doit entre autres, respecter les mêmes règles de la navigation aérienne que tout autre appareil volant. « Ce n'est pas un robot-tueur.», prévient le militaire. D'ailleurs ils ne sont pas équipés d'armes. Ils font essentiellement du travail de renseignements. « Il faut des heures, des jours et parfois des semaines pour être par exemple sûr que le renseignement fourni est exact avant d'envoyer nos forces. Autrement, on ferait des dégâts collatéraux et on produirait l'effet inverse de celui escompté auprès de la population. C'est ainsi que nous avions par exemple réussi à neutraliser le groupe qui avait tué les soldats américains, puisque nous avions retrouvé leurs matériels sur eux. », explique le colonel. Depuis le début de l'opération, la base a enregistré 5 militaires décédés et 143 autres blessés.

Alimoka Iboussi

Une technologie révolutionnaire pour votre future résidence à Niamey

Banner 4

Please publish modules in offcanvas position.