Politique

Mohamed Bazoum, un homme politique aussi habile que discret

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(Niamey et les 2 jours) - A 58 ans, Mohamed Bazoum est un homme politique bénéficiant d’une aura importante au sein du microcosme politique nigérien. Ministre de l’Intérieur depuis avril 2016, après avoir occupé à plusieurs reprises le portefeuille de la diplomatie nigérienne, cet arabe, originaire de la tribu Fezzan, maîtrise bien l’histoire politique de son pays pour l’avoir marquée de son empreinte. Portrait d’un politique aussi habile que discret. Le premier portrait d’une série que Niamey et les 2 Jours publiera au fil de cette nouvelle année.

Enseignant syndicaliste…

Mohamed Bazoum célèbre ce jour son anniversaire (1er janvier 1960), le 58ème. Né à Bilabrine (Diffa, région à l’est du Niger), il est originaire de Tesker (dans la région de Zinder au sud-est du Niger) où il a suivi son cycle primaire. Il a obtenu son Baccalauréat série littéraire en 1979 au Lycée Amadou Kouran Daga dans la ville de Zinder, avant de continuer ses études supérieures à Dakar, au Sénégal.

A l’Université Cheikh Anta Diop, ce grand passionné de lecture opte pour le département de Philosophie duquel il sort avec une Maitrise en Philosophie Politique et Morale et un Diplôme d’études approfondies (Dea), Option Logique et Épistémologie. A Dakar, l’homme rencontre d’autres jeunes ambitieux, à l’esprit clairvoyant comme Feu Salif Diallo, ancien Président de l’Assemblée nationale burkinabé, un animal politique imposant dans la politique sous régionale, auquel M. Bazoum a d’ailleurs rendu un hommage émouvant lors de ses obsèques en début de cette année.

De retour à Niamey, Mohammed Bazoum s’est lancé dans l’enseignement en tant que professeur de Philosophie. C’était en 1990. Excellent orateur, il fait ses premiers pas en militantisme avec le Syndicat National des Enseignants du Niger (Snen), puis il intègre plus tard le bureau exécutif de l’Union Syndicale des Travailleurs du Niger (Ustn).

puis militant politique

Reconnu pour son caractère trempé et son parcours de défenseur des droits des enseignants et des travailleurs, Mohamed Bazoum opte pour les idéaux socialistes en politique. Il fait partie des membres fondateurs du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (Pnds Tarraya) lancé en décembre 1990. Un parti sous la bannière duquel il joue un rôle important durant la Conférence nationale souveraine ouvrant la voie à l’avènement démocratique du Niger. Ce défenseur des libertés a également été élu plusieurs fois Député de la circonscription spéciale de Tesker (Zinder).

Après plusieurs années aux côtés de Mahamadou Issoufou (alors opposant et chef du parti Pnds Tarraya), ce dernier lui confie les rênes du parti après son élection à la Présidence de la République du Niger en 2011. Parallèlement, il est nommé ministre des Affaires étrangères. Ce portefeuille lui permet de bâtir un solide réseau à l’international, notamment en France où il a même été décoré Grand officier de la légion d’honneur pour son engagement pour la coopération et l’amitié avec la France. En avril 2016 (début du second mandat du Pnds), Mahamadou Issoufou lui confie un portefeuille majeur au sein du gouvernement : celui de ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique, de la Décentralisation et des Affaires Coutumières et Religieuses.

Porté au devant de la scène avec cette nouvelle responsabilité, Mohamed Bazoum est remarqué sur tous les fronts de la vie publique nigérienne, notamment dans le domaine de la sécurité et de la défense de l’intégrité territoriale, dans un pays menacé sur trois de ses frontières par des organisations terroristes.

En début d’année 2017, au moment où l’on assiste à une baisse notable des attaques de Boko Haram dans la région de Diffa (extrême sud est du pays), Mohamed Bazoum met sous état d’urgence les régions de Tahoua et Tillabéri (sud-ouest proche des frontières du Mali et du Burkina Faso) confrontées à une réelle menace et marquées par des attaques meurtrières répétées. En avril dernier, il déclare dans une interview qu’il craint essentiellement les attaques venant de l’ouest du pays, à cause de la domination de plusieurs organisations affiliées à l’Etat islamique, au nord Mali.

Mohamed Bazoum est également proche de l’armée. Il ne manque jamais de visiter les garnisons ou les troupes présentes dans les zones de combat. Minutieux, forçant le respect, il sait remonter le moral des hommes en treillis à chaque fois que le Président de la République lui concède de le représenter. Il intervient régulièrement aussi dans la pacification de la vie sociopolitique du pays : tensions entre les communes, problème de chefferie, manifestations sociales… l’homme sait manier le bâton et la carotte, sans pour autant s’attirer les critiques acerbes de l’opposition.

ambitieux ?

Plus d’un lui prêtent des intentions présidentielles, ces derniers mois. La presse, la société civile, l’opposition et même des membres de son propre parti. Réalité ou supposition, une chose est sûre. L’homme est très discret et ne s’est jamais prononcé publiquement sur le sujet.

Toutefois, il faut reconnaître qu’il a des qualités que d’autres personnalités de son parti pourraient lui envier. Discret, minutieux durant ses sorties, Mohamed Bazoum a toujours soigné son image. Ses sorties médiatiques sont toujours mesurées et empruntes de surpassement de soi.

L’homme est aussi un défenseur de la liberté d’expression. Pas plus tard qu’en décembre dernier, il a pris de la hauteur pour commenter un rapport de la Banque mondiale affirmant que la classe politique nuit aux perspectives de développement du pays : « Il y a quelque chose de vrai dedans. (…) Moi je suis d’accord que dans notre gouvernance il  y a des choses à revisiter. (…) La classe politique se doit de faire sa critique. (…) La société civile pareillement, elle qui est un ersatz de la classe politique, » a-t-il répondu dans une interview accordée à Niger Inter.

La communication, Mohamed Bazoum sait la manier. Conscient de l’importance de l’information à l’ère technologique, le natif de Zinder marque également sa présence sur les réseaux sociaux et fait partie des rares hommes politiques locaux très actifs sur Twitter. Avec ses 1900 tweets, il est suivi par près de 10 000 twittos avec qui il interagit régulièrement.

Bien sûr, des observateurs avisés lui décèlent quelques faiblesses : son manque de base électorale. Tesker, sa commune d’origine, peu peuplée, n’atteint pas 40 000 habitants. D’autres ne trouvent pas en lui l’instinct d’un rassembleur, capable de fédérer les différents courants du parti au pouvoir pour succéder à Mahamadou Issoufou après son second mandat qui prendra fin en 2021.

L’intéressé, droit dans ses bottes, ne se prononcera probablement pas sur le sujet. Du moins, jusqu’au prochain congrès du parti qui permettra d’élire ou de légitimer un chef à même de succéder à Mahamadou Issoufou.

Guevanis DOH

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