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Mme Chipkaou sur la jeune fille : « Sur 100 filles, 30 quittent l’école avant le CM2 … 76 n’arrivent pas en classe de 3ème »

Mme Chipkaou sur la jeune fille : « Sur 100 filles, 30 quittent l’école avant le CM2 … 76 n’arrivent pas en classe de 3ème »

(Niamey et les 2 jours) - L’accès de la jeune fille et son maintien dans le système scolaire sont de réels défis au Niger. Lors de la Journée internationale de la fille, le 11 octobre 2017, l’Ong « One » classe le Niger parmi les 10 pays les plus en retard au monde, dans le domaine. Pour mieux comprendre, la directrice de la Promotion de la scolarisation de la jeune fille au Ministère de l’enseignement primaire, Mariama Laouali Chipkaou, nous a accordé cette interview. Elle a présenté la situation, diagnostiqué les mobiles et a listé les mesures prises par l’Etat pour corriger le mal.

Niameyetles2jours : Bonjour Mme Chipkaou. Comment se porte aujourd’hui le monde de la scolarisation de la jeune fille au Niger ?

Mariama Chipkaou : Merci de cette opportunité que vous nous donnez. Nous gérons au quotidien la situation de l’éducation en général et particulièrement le volet qui nous incombe, celui de la scolarisation des filles.

En ce qui concerne l’état des lieux, il faut juste dire à titre de rappel historique que les filles n’ont pas les mêmes chances que les garçons, déjà pour accéder à l’école et c’est depuis la création de ce qu’on appelle l’école moderne et c’est une réalité qui est encore d’actualité. A titre d’exemple, le taux brut de scolarisation pour cette année 2017-2018 est de 77,7% pour les garçons contre 72,1% pour les filles. Donc, en matière de couverture, il y a moins de filles que de garçons. Autrement dit, sur 100 filles, environ 27 n’ont pas la chance d’aller à l’école.

Si on prend maintenant la situation des enfants qui sont déjà inscrits, filles comme garçons, nous suivons cette évolution grâce à un indicateur appelé le taux d’achèvement au primaire. En 2017, le taux d’achèvement (au primaire, Ndlr) est de 87,9% pour les garçons alors qu’il est de 72% pour les filles. Autrement dit, en plus de la situation du problème d’accès, sur 100 filles, environ 30 quittent l’école avant d’arriver à la fin du CM2.

Ce qui montre un écart à tous les niveaux, tant au niveau de l’accès à l’école qu’au niveau du maintien des filles.

Quand on progresse au niveau secondaire (collège), la situation est encore plus dramatique pour les filles où elles ne représentent que 5,3% en matière de taux brut d’accès au collège. Et en ce qui concerne le taux d’achèvement, il y a environ 17% des filles qui arrivent à la fin de la classe de 3ème. Autrement dit, 24% des filles n’ont pas la chance d’aller au collège. Et sur 100 filles qui arrivent en classe de 6ème, 76 n’arrivent pas à la fin de la classe de 3ème. Plus on avance sur le niveau de scolarisation, moins il y a de filles parce que les difficultés de maintien deviennent plus importantes.

Qu’est ce qui explique cette difficulté chez les parents à maintenir la jeune fille à l’école ?

Au fur et à mesure que la jeune fille grandit, il y a des besoins, en matière de charges à supporter par les parents qui, eux-mêmes, sont dans une situation où la priorité est d’abord d'assurer leur survie au quotidien. Il y a aussi des pesanteurs socioculturelles qui font que dès que la fille arrive à l’âge de 11 ou 12 ans, il faudrait que les parents s’activent pour lui trouver un mari. Ceci, pour se mettre à l’abri de la honte parce que lorsqu’elle commence à grandir, il y a le risque qu’elle se retrouve avec une grossesse non désirée. Ce qui constitue un véritable problème de déshonneur pour les familles et un problème pour lui trouver un mari. Nous sommes dans une société où le mariage est fortement valorisé. Pour mettre la fille à l’abri de tous ces problèmes, les familles préfèrent la retirer très précocement et la donner en mariage.

A ce stade, quelles sont les conséquences de cette réalité ?

Nous avons une malnutrition très élevée, la fécondité la plus élevée au monde avec une moyenne de 7,6 enfants par femme, le taux d’analphabétisme le plus élevé. Conséquence, nous nous retrouvons toujours parmi les pays qui figurent en bas de liste pour le classement en matière de développement humain (IDH).

Mme Chipkaou, la réalité est là et les statistiques alarmantes. Qu’est ce que l’Etat fait concrètement pour rectifier le tir ?

Aujourd’hui, l’Etat du Niger a pris la mesure de la situation. Il s’est engagé à la changer, à travers le Plan de développement économique et social (Pdes) 2017 – 2021 qui fait de l’amélioration de l’axe social, une de ses priorités.

Il y a déjà des mesures fortes qui sont en train d’être prises et opérationnalisées par le gouvernement. Lorsque nous prenons le programme décennal de développement de l’éducation, ce programme a une orientation très forte qui demande l’accélération de l’accès et du maintien des filles à l’école. C’est un programme géré par le Niger et les partenaires techniques et financiers. C’est dire que l’Etat est conscient de l’iniquité et des difficultés d’accès et de maintien de la fille à l’école. Il s’agit de réparer le tort fait aux filles, pour leur permettre, non seulement d’accéder massivement à l’école, mais également d’y rester le plus longtemps possible.

Tout dernièrement, le 05 décembre 2017, le Président a adopté un décret portant sur la protection, le soutien et l’accompagnement de la jeune fille en cours de scolarité, au Niger. A travers ce décret, le gouvernement a décliné les mesures qu’il entend mettre en œuvre pour que toutes les filles soient à l’école.

Et après avoir analysé, nous constatons que la plupart des filles abandonnent comme je l’ai dit, à cause d’une situation de vulnérabilité de leurs parents. Avec ce décret, le gouvernement s’est engagé à créer progressivement des internats. Les internats permettront d’alléger la prise en charge de ces filles et aussi de les sécuriser pour leur éviter des grossesses précoces, toutes les violences sur le genre en milieu scolaire. Et il y a un internat qui est en train d’être créé à Bermo (région de Maradi).

A travers ce décret, l’Etat s’est aussi engagé à soutenir ces parents vulnérables, par le biais de l’octroi de rations alimentaires. Pour les filles qui ont quitté l’école précocement, l’Etat est en train de prendre des mesures pour créer des centres d’alphabétisation pour qu’elles soient réinsérées dans le système scolaire. Les autres qui ne pourront plus suivre le cursus, auront droit à une formation professionnelle qui sera sanctionnée par un appui, de sorte qu’elles puissent réaliser des activités économiques. Le but est qu’elles ne se retrouvent pas dans la même situation de paupérisation que leurs parents.

Le décret a aussi pris des mesures pour mettre les parents devant leurs responsabilités, parce que, quel que soit l’engagement de l’Etat, s’il n’y a pas la collaboration des parents, il est difficile que le gouvernement parvienne à des résultats très significatifs. C’est pour cela que nous avons programmé des séances de vulgarisation sur l’importance de la scolarisation. Même quand les enfants arrivent à l’école, les parents ont le devoir de suivre de près leur éducation. C’est important parce que c’est là qu’on peut faire de l’enfant un citoyen actif qui va valablement contribuer à la construction de son pays.

Interview réalisée par Guevanis DOH

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