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Les premiers pas de l’industrie nucléaire sur le continent africain

Les premiers pas de l’industrie nucléaire sur le continent africain

(Niamey et les 2 jours) - En déficit d’énergie pour assurer son développement et menacée par le réchauffement climatique, l’Afrique envisage de plus en plus de recourir au nucléaire pour sa production de d’électricité. Sur le continent, l’option suscite un intérêt croissant et une inquiétude proportionnelle. Certains pays sont déjà très avancés sur cette voie. Zoom. 

L’Afrique du Sud en avance

L’Afrique du Sud arrive en tête de liste dans le domaine de l’énergie nucléaire en Afrique. Le pays est en effet le seul à disposer à ce jour d’une centrale nucléaire à Koeberg. Avec une capacité de 1800 MW, la centrale, construite par la France, produit environ 5% de l’énergie consommée dans le pays.

Koeberg

La centrale nucléaire de Koeberg est la seule du continent africain à ce jour.

Depuis, 2011, le pays a lancé un autre programme nucléaire visant dans un premier temps, la construction de 9600 MW de centrales nucléaires. Cependant, en novembre 2016, il a revu à la baisse cette ambition, se donnant pour objectif d’installer des centrales d’une capacité de 1 359 MW d’ici à 2037. Plusieurs acteurs clés du secteur énergétique ont en effet estimé qu’il existait des moyens moins couteux et moins complexes que le nucléaire pour satisfaire la demande énergétique du pays.

La révision à la baisse de ces objectifs n’a cependant pas émoussé l’enthousiasme de l’Eskom la société nationale en charge de la fourniture de l’énergie électrique en Afrique du Sud qui a lancé en décembre une demande de renseignements (RFI) pour la mise en œuvre du programme. Prévue pour être clôturée le 28 avril 2016, la RFI connaitra la participation de plus d’une vingtaine de groupes énergéticiens. Elle permettra au pays de disposer d’informations supplémentaires quant à l’expérience des différents groupes désireux de prendre part à la mise en place du programme, les différentes propositions en termes de technologie et de méthodologie ainsi que les couts des différentes options présentées. Autant de choses qui permettront de mieux documenter ce programme nucléaire auquel de nombreux acteurs reprochent un manque de documentation et d’information qui par ricochet empêche d’apprécier convenablement les possibilités et les modalités de sa mise en œuvre.

Disposer de ces éléments sera bien utile pour les porteurs du programme, dans la mesure où ce dernier est au cœur d’une controverse nationale généralisée. L’une des objections soulevées est relative à son coût élevé et à son efficience. Le ministère de l’énergie avait en effet déclaré que le projet ne serait mis en œuvre que s’il était rentable, mais récemment, une équipe de scientifiques mis en place par Tina Joematt-Perttersson, la ministre de l’énergie, a affirmé que le nucléaire n’était pas l’option la moins chère pour la satisfaction des besoins énergétiques nationaux. Dans le même temps, le trésor public a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’avait pas de fonds à consacrer au programme, ce à quoi l’Eskom a répondu que l’initiative pouvait se financer elle-même. L’entité publique a même annoncé qu’elle envisage d’investir 11 milliards $ dans le programme. Le recours au nucléaire en Afrique du Sud suscité également un débat au niveau de la classe politique, aussi bien de l’opposition que de la mouvance, qui craint qu’elle ne soit un terrain propice à la mise en place d’un système de corruption massive. Même sur le plan scientifique, Thyspunt, l’un des deux sites proposés par l’Eskom pour la construction des centrales objets de la RFI lancée a été au cœur d’une controverse à propos d’éventuels risques géologiques qui pourrait entrainer des catastrophes naturelles telles que des tsunamis. Un débat qui a finalement été clos par le Conseil de géoscience de l’Afrique du Sud qui a déclaré Tyspunt apte à accueillir une installation nucléaire.

En avril 2017, la justice sud-africaine a estimé que les accords conclus dans le domaine du nucléaire avec trois pays, à savoir les Etats-Unis, la Corée du Sud et la Russie, étaient anticonstitutionnels car n’ayant pas été soumis aux consultations publiques habituelles. Les seuls accords épargnés par la condamnation sont ceux conclus avec la Chine et la France. Le ministère de l’énergie a décidé qu’il ne fera pas appel de la décision, mais procèdera à la signature de nouveaux accords, cette fois-ci conformes aux normes en vigueur.

Cependant, en juin 2017, Mmamoloko Kubayi, la ministre de l’énergie d’alors, avait affirmé que le programme serait reconsidéré, eu égard à la récession économique que traverse le pays. « Nous réaliserons notre programme nucléaire au rythme et à l’échelle qui nous conviennent. Si nous devions en revoir l’étendue, il nous faudra revenir en arrière.», a-t-elle avancé. Il convient cependant de considérer cette option avec des réserves puisqu’en octobre, un nouveau ministre de l’énergie a été nommé en la personne de David Mahlobo. Un changement, qui selon l’opinion publique, aurait pour objectif d’accélérer la mise en œuvre du programme nucléaire.

Egypte : le programme est déjà lancé avec la Russie

En Egypte, initié depuis 2012, son projet de production d’électricité à partir de combustible nucléaire qui est actuellement dans une phase assez avancée. Le pays a en effet entrepris la construction de sa première centrale nucléaire d’une capacité de 4800 MW à Dabaa. La signature du contrat de construction de la centrale avec l’entreprise russe Rosatom a eu lieu en octobre 2016.

signature el dabaa nuclear

Signature du contrat pour la construction de la future centrale de Dabaa par Rosatom.

La centrale est prévue pour s’achever en 2022 et le gouvernement russe a d’ailleurs octroyé un prêt de 25 milliards $ pour le financement du projet. Le remboursement de cette dette devra se faire sur 35 ans à un taux d’intérêt de 3%. Ces fonds couvriront environ 85% des charges que génèrera le projet. Le programme égyptien prévoit également la construction d’une deuxième centrale dont les détails n’ont pas encore été communiqués.

Nigeria : sur la ligne de départ, probablement avec la Russie

Le Nigeria quant à lui compte installer au plus tôt 4000 MW de centrales nucléaires afin de satisfaire son besoin énergétique croissant. Ce programme est la résultante d’une ambition portée depuis 2011 par le gouvernement nigérian. « Le Nigeria prévoit de démarrer ce programme, l’année prochaine, avec la mise en place de 1000 MW pour commencer. Cette capacité sera étendue à 4000  MW par la suite », a déclaré, en mars 2016, Garba Shehu, le principal assistant spécial du président pour les medias et la publicité.

Garba Shehu

Garba Shehu, dircom de la présidence du Nigéria.

Le pays a d’ailleurs signé avec la Russie un mémorandum d’entente relatif à la construction d’un centre multifonctionnel de la recherche scientifique sur le nucléaire et l’Iran s’est également dit prêt à mettre à disposition sa technologie nucléaire dans la mise en place du programme.

Kenya : un projet approuvé qui intéresse la Russie, la Corée et la France  

Le Kenya a également prévu de recourir à l’énergie nucléaire dans son mix. Il compte d’ailleurs installer quatre centrales d’une capacité globale de 4 000 MW  d’ici à 2030 pour un cout estimé à près de 20 milliards $. La première infrastructure devrait voir sa construction débuter en 2022, pour s’achever 5 ans plus tard. Un projet qui a obtenu l’approbation de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le pays compte en outre sur l’institution internationale pour l’appuyer dans la mise en œuvre de ce programme qui a déjà suscité l’intérêt  de la Chine, la Russie, la Slovaquie et de la Corée du Sud.

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Turkana, l’un des deux sites retenu par le Kenya pour implanter une centrale nucléaire.

La France a également manifesté son intention de prendre part au programme nucléaire. Michel Sapin, son ministre de l’Economie et des finances a en effet affirmé l’engagement de son pays à le soutenir à tous les niveaux, allant de l’appui technique au financement.

Le pays a identifié les zones Turkana et Nyanza, proche des lacs Victoria et Turkana qui, selon le gouvernement, disposent de suffisamment de réserves d’eau et se situent hors de tout risque sismique.

L’Algérie au stade de l’expérimentation

Tout en cherchant un moyen de surmonter le risque sismique auquel elle est exposée, l’Algérie envisage l’inclusion du nucléaire dans son mix énergétique. Le pays qui possède assez de réserves d’uranium pour faire fonctionner pendant 60 ans deux centrales nucléaires d’une capacité de 1000 MW chacune, envisage de construire entre 2025 et 2030, une installation nucléaire de petite taille. 

uranium algérie

L’Algérie disposerait de 26 000 tonnes de réserves d’uranium.

Le pays a débuté à ce propos en 2014, la préparation des réacteurs expérimentaux de ces premières centrales nucléaires.

Le Soudan se prépare avec le soutien de la Chine

Le Soudan a annoncé qu’il envisageait de recourir au nucléaire civil pour la production de l’électricité.

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Mai 2016 : signature d’une convention avec la Chine pour le développement d’une industrie nucléaire civile.

Selon les prévisions nationales, la mise en place d’une centrale de 1200 MW devrait débuter en 2017 avec l’appui de la Chine, pour une durée de construction estimée à entre 6 et 7 ans.

La Tunisie se fixe un objectif à 2024

La Tunisie envisage également le nucléaire avec la construction, d’ici  2024, de deux réacteurs nucléaires d’une capacité variant entre 700 MW et 1000 MW. 

Sergueï Kirienko rosatom

Sergueï Kirienko, directeur de l’Agence fédérale Rosatom.

Un accord préliminaire a été signé en septembre 2016, en présence de Slim Khalbous, le ministre tunisien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, et Sergueï Kirienko, le DG de l’Agence fédérale Rosatom.

Ghana : des ambitions soutenues par le Japon et par l'Agence internationale de l'énergie atomique

Amano ghana

Mars 2016 : Yukia Amano, DG de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, en visite à Accra.

Au Ghana, les autorités ont annoncé, en 2013, qu’il était « grand temps d’envisager l’option nucléaire » avec un projet de construction d’une centrale de 500 MW avec l’appui de la compagnie japonaise TEPSCO. L’ambition actuelle du pays est de construire d’ici à 2030, 2 GW de centrales nucléaires.

Le Niger affine son projet ouest-africain, encouragé par la Corée

Le Niger a mis en place en janvier 2017, un Comité d’orientation stratégique pour le programme nucléaire (Cospen). L’objectif de cette organisation étatique est de d’examiner et de préparer le recours à l’énergie nucléaire pour la satisfaction des besoins énergétiques du pays.

Le Niger, quatrième producteur d’uranium au monde a en effet l’un des taux d’électrification les plus bas a monde (moins de 10%). Il avait en effet reçu la proposition d’accompagnement de la Corée pour la mise en place d’une centrale nucléaire et des études réalisées dans ce sens ont montré que l’option de l’électronucléaire pourrait être économiquement viable dès 2030.

Mahamadou Issoufou

Mahamadou Issoufou, président du Niger.

En 2011, Mahamadou Issoufou, le président nigérien avait fait part de l’ambition de son pays de construire une centrale nucléaire sous régionale pour l’Afrique de l’Ouest. Un objectif qui, s’il était atteint, ferait du pays le premier de la sous-région à avoir recours à cette source d’énergie, et le propulserait probablement au rang d’exportateur d’électricité, compte tenu de la modestie de sa demande électrique.

En ce qui concerne la préparation, le gouvernement a, d’ailleurs, adopté en mai 2017, un projet de loi portant sûreté, sécurité et utilisation pacifique de l’énergie atomique afin d’établir un cadre juridique pour l’exploitation de cette source d’énergie. Le projet de loi a également pour ambition de permettre l’extension de l’utilisation du nucléaire à d’autres domaines tels que la recherche, l’agriculture et la santé. Le texte qui sera soumis à l’Assemblée nationale, régira, entre autres, les mesures de sûreté et de sécurité pour l’exploitation des réacteurs de puissance et de recherche, la gestion des déchets radioactifs et la protection des personnes et des biens contre les radiations.

L’Ethiopie envisage le nucléaire pour l’atteinte de ses objectifs énergétiques

Dans la réalisation de son objectif de capacité électrique installée de 37 GW d’ici à 2037, l’Ethiopie qui a actuellement une puissance de 2,2 GW envisage le recours au nucléaire. Le pays prévoit en effet d’installer des centrales nucléaires d’une capacité variant entre 300 MW et 1200 MW d’ici cet horizon.

Ethiopie
Mihret Debebe, directeur exécutif de l’Ethiopian Electric Power Corporation.

« Nous avons besoin d’élargir nos options. C’est pourquoi nous considérons des sources d’énergie telles que le nucléaire » a d’ailleurs expliqué le directeur exécutif de l’Ethiopian Electric Power Corporation, Mihret Debebe.

Zambie : premiers pas dans l’univers du nucléaire avec l’appui de la Russie

La Zambie a également entamé la mise en œuvre d’un programme nucléaire, en collaboration avec la Russie. Les deux pays ont en effet signé, en décembre 2016, des memoranda d’entente dans le domaine du nucléaire. Ces accords portaient, entre autres, sur le développement des ressources nécessaires à l’exploitation du nucléaire. Un centre des sciences et des technologie nucléaires est d’ailleurs prévu pour être construit à cet effet, et sera alimenté par un réacteur de recherche modéré d’une capacité de 10 MW. Les accords relatifs aux études de faisabilité de la réalisation de ce centre ont déjà été signés.

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Les accords relatifs aux études de faisabilité de la réalisation de ce centre ont déjà été signés.

Il est également prévu que Rosatom appuie l’élaboration d’un programme nucléaire national zambien et la formation d’une autorité nationale en charge de la régulation. Un volet sera également consacré à la sécurisation et à la sûreté de l’exploitation du nucléaire dans les différents secteurs visés. Enfin, les deux pays ambitionnent de procéder à une sensibilisation du public zambien sur les enjeux liés à la technologie.

Maroc : le nucléaire envisagé comme option pour répondre à l’accroissement de la demande électrique

Pour le Maroc, le nucléaire pourrait être l’une des solutions pour faire face à l’augmentation de la demande énergétique tout en réduisant les émissions du secteur électrique. Le royaume a, d’ailleurs, invité l’Agence internationale de l’énergie atomique à évaluer la faisabilité de cette option, une évaluation qui a conclu à une conformité des normes marocaines avec l’utilisation de la technologie ainsi qu’à d’autres recommandations.

nucleaire maroc

Si les autorités du royaume chérifien ont annoncé que rien n’avait été décidé à ce propos, la Russie a, par contre, déjà effectué ses premières diligences et s’est dit prête à accompagner le pays, le cas échéant. 

La RD Congo, pionner africain du nucléaire

La République démocratique du Congo a été le premier pays africain à se doter d’un réacteur nucléaire en 1959. Le réacteur de recherche d’une puissance variant entre 10 et 50 kW avait été construit sur le mont Amba et le centre nucléaire était destiné à la recherche, à l’enseignement et à la production d’isotopes à usage agricole et médical.

réacteur nucléaire de Kinshasa

En 1972, un autre réacteur de recherche, le Trico II, d’une capacité de 1 MW est inauguré. Cependant, ce dernier réacteur ne fonctionne qu’à une faible puissance et pour une durée déterminée, faute de combustible (la livraison du combustible a été gelée par l’entreprise américaine General Dynamics après l’embargo décrété par les USA contre le régime du président Mobutu) et à cause de certains problèmes techniques. En outre, le mont Amba, sur lequel a été bâti le centre, est sujet à une forte érosion qui pourrait entrainer l’effondrement de l’infrastructure.

Des programmes soutenus par les pays développeurs d’industrie nucléaire…

Les ambitions nucléaires des pays africains sont soutenues par de nombreux partenaires étrangers dotés d’une expertise en la matière. Un soutien vital pour ces projets en raison des besoins des pays africains aussi bien en matière d’expertise technique que de fonds nécessaires à la mise en œuvre des différents projets.

La Russie, par le biais de la société Rosatom, est l’un des plus actifs sur le continent. Le pays a en effet conclu des mémorandums d’entente sur le nucléaire avec l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Nigeria, le Kenya, l’Ouganda et la Zambie. Elle est talonnée de près dans cette course par la Chine, mais également par la France particulièrement convaincue de sa supériorité technologique.

D’autres pays tels que le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis ont également fait leur entrée sur l’option du nucléaire africain, diversifiant ainsi les options qui s’offrent aux différents pays candidats à la mise en œuvre d’un programme nucléaire.

…sous le regard inquiet des populations

Les pays développeurs de centrales nucléaires et les organisations internationales sur l’énergie nucléaire sont presque les seuls à accueillir de manière sereine les projets nucléaires des pays africains. Le recours à cette source d’énergie soulève des débats très intenses au sein des sociétés civiles, notamment dans les milieux professionnels, lorsqu’il ne se heurte pas à une opposition véhémente.

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Décembre 2016 : manifestation anti-nucléaire à Durban.

Les ingénieurs nigérians ont carrément affirmé que leur pays ne pouvait pas se permettre d’avoir recours au nucléaire parce qu’il n’était pas prêt pour cette technologique. Les besoins de maintenance et d’entretien seraient, selon l’Institution nigériane des ingénieurs électriques et électroniques (NIEEE), trop élevés pour la culture actuelle du pays en la matière. L’organisation a avancé comme preuve, le fait que la majorité des projets d’ampleur similaire au nucléaire qui avait été entamés dans le pays n’avaient pas pu aboutir.

L’Eglise catholique sud-africaine a, quant à elle, demandé que l’option du nucléaire dans le mix énergétique national soit soumise à un référendum. « Etant donné l’importance des risques sanitaires et économiques que le gouvernement sud-africain demande à ses citoyens d’encourir, il est juste et crucial que le gouvernement consulte directement son peuple sur le nucléaire. Un référendum est le meilleur moyen de veiller à l’intérêt du plus grand nombre sur cette importante question » a exhorté la Conférence sud-africaine des évêques catholiques.

La principale  inquiétude des citoyens est en effet relative aux risques liés à l’option nucléaire ainsi qu’à celui que peut faire encourir le mode de gouvernance dans l’ensemble de ces pays.

Les arguments en faveur de l’option nucléaire

Le recours au nucléaire présente des avantages auxquels certains pays africains sont sensibles.

Le premier est celui de fiabilité de l’énergie fournie. Contrairemnet aux énergies renouvelables, une centrale nucléaire peut en effet produire de l’énergie de manière presque continue, sauf en cas de disfonctionnement ou d’arrêt pour maintenance. Elle a un facteur de disponibilité de plus de 80% et peut fonctionner de jour comme de nuit sans qu’il n’y ait besoin de changement ou de réglages particuliers.

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L’Afrique dispose de réserves abondantes en uranium.

L’électricité produite par le nucléaire est en outre l’une des plus économes en CO2. Elle émet pour comparaison entre 5 et 17 grammes de CO2 par kilowattheure généré, contre 800 à 1050 grammes pour le charbon, 430 grammes pour le gaz, 60 à 150 grammes pour le solaire, 4 à 39 grammes pour l’hydraulique et 3 à 22 grammes pour l’éolien. Cet argument est toutefois à relativiser car, comme toutes les centrales thermiques, les centrales nucléaires rejettent, au cours de leur cycle de refroidissement, une importante quantité de vapeurs d’eau, un gaz à effet de serre qui participe sensiblement au réchauffement climatique.

Les centrales nucléaires ont également un coût d’exploitation relativement faible, en grande partie dû au prix de revient compétitif du combustible nucléaire utilisé pour la génération de cette énergie.

Les éléments dissuasifs de l’option nucléaire

1) Le coût prohibitif de la mise en place…

Sur le plan économique, le coût de mise en place est l’élément le plus dissuasif. Il varie entre 1800 $ le kilowatt (coût de construction moyen en Inde et en Chine) et jusqu’à 5800 $ le kilowatt (coût des centrales nucléaires suisses et tchèques). Selon les prévisions sud-africaines le coût d’installation d’une capacité d’un kilowatt devrait tourner autour de 4000$, ce qui aboutirait à un tarif de rachat de 93 cents de dollars par kilowattheure en incluant tous les coûts de construction et de maintenance de la centrale.

… et du démantèlement

En outre, des recherches menées par la Cour des comptes française ont démontré que ce coût progressait dans le temps. A l’investissement initial constitué par la construction des installations de génération électrique, il faut ajouter des dépenses de recherches privées et publiques importantes et des charges futures incertaines. Les dépenses de démantèlement de l’installation nucléaire doivent aussi être prises en compte dans la détermination du coût de l’infrastructure. Il s’agit d’une charge encore mal estimée sur le plan international à cause du manque de retour d’expérience (les processus de démantèlement les plus avancés sont encore en cours). Cependant, les experts estiment que le démantèlement pourrait représenter la plus lourde charge qu’auront à supporter les gouvernements et leur industrie nucléaire engagés dans cette voie.

2) Les longs délais de réalisation

La durée de mise en place des centrales nucléaires est également longue. Elle est d’en moyenne 10 ans, et peut aller jusqu’à 25 ans selon certaines estimations.

china nuclear power plant

Construction d’une centrale nucéaire en Chine.

Cet état de fait peut engendrer des coûts supplémentaires et rendre le projet vulnérable aux différents changements aussi bien sur le plan réglementaire que politique, économique et technologique.

3) La gestion sensible des déchets

Une autre épine dans le pied de l’option nucléaire est la gestion de ses déchets. Les déchets nucléaires sont en effet les plus toxiques des déchets industriels et peuvent poser des problèmes de sûreté à très long terme, car leur nocivité peut s’étendre sur plusieurs siècles.

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La gestion des déchets nucléaires est un processus complexe, très spécialisé.

Leur gestion est un processus complexe qui doit être confiée à une organisation spécifique, dans la durée. Cette gestion pour être faite de manière convenable nécessite donc des moyens importants sur le long terme.

4) Le déficit de main d’œuvre locale spécialisée

La mise en œuvre de l’énergie nucléaire en Afrique se heurtera aussi au déficit de main d’œuvre locale qualifiée. Aucun des pays souhaitant avoir recours à l’énergie nucléaire, l’Afrique du Sud incluse, ne dispose à ce jour de main d’œuvre qualifiée pour les phases d’exploitation et de maintenance des centrales. Chose à laquelle ils devraient remédier très rapidement afin de disposer des compétences nécessaires à la réalisation de leurs aspirations.

5) Des risques d’accident aux conséquences imprévisibles

Parallèlement aux avantages et aux insuffisances qu’elle présente, l’énergie nucléaire fait également courir certains risques.

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La catastrophe de Fukushima a fait de nombreuses victimes à court, moyen et long terme.

L’accident nucléaire est le principal et le plus dangereux. L’accident nucléaire majeur le plus redouté est la fusion du cœur nucléaire qui se produit lorsque le combustible nucléaire contenant des éléments hautement radioactifs surchauffe et fond à l’intérieur du réacteur, faute de refroidissement. Sa gravité réside dans le fait qu’il y a une grande probabilité que les matières fissiles (qui peuvent subir des fissions nucléaire) peuvent se retrouver dans l’environnement, émettent de nombreux isotopes très radioactifs. En cas de prolifération dans l’environnement, ces éléments radioactifs peuvent polluer un site pour de nombreuses décennies entrainant parfois la destruction de la faune et de la flore. Cette fuite peut aussi avoir des répercussions sur la santé humaine sur de nombreuses années. Ces accidents peuvent également avoir des conséquences sur la vie économique des pays qui en sont victimes, et dans certains cas, comme lors de la catastrophe de Tchernobyl, les radiations peuvent prendre une dimension continentale. De manière générale, l’impact de ces accidents est difficilement prévisible, car il dépent de plusieurs facteurs tels que la survenance ou non d’explosion ou d’incendie ou la présence de vents qui aggravent la propagation des éléments radioactifs dans l’air.

Dossier réalisé par Gwladys Johnson

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