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Côte d’Ivoire : les appels se multiplient pour une candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle prochaine

Côte d’Ivoire : les appels se multiplient pour une candidature d’Alassane Ouattara à la présidentielle prochaine

(Niamey et les 2 jours) - Les appels se multiplient pour une candidature d’Alassane Ouattara à la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire. L’éventualité pour le président sortant de briguer un troisième mandat a fait aussitôt ressurgir la polémique concernant  son éligibilité.

Depuis le décès d’Amadou Gon Coulibaly, le RHDP se retrouve sans candidat pour l’élection présidentielle d’octobre 2020 en Côte d’Ivoire. Le délai court avant cette échéance et en vue d’éviter de possibles divisions internes, certaines voix au sein du parti ont commencé à réclamer une candidature du président sortant, Alassane Ouattara (photo), qui avait pourtant annoncé publiquement qu’il ne briguerait pas un troisième mandat présidentiel.

Au lendemain de la disparition subite du défunt candidat déclaré du RHDP à la présidentielle, la direction du parti a annoncé que « toutes les options sont sur la table » pour le choix d’un nouveau cheval pour la compétition et que le recours à une candidature d’Alassane Ouattara n’était pas à exclure. Une option jugée plus fédératrice pour de nombreux militants et sympathisants de la mouvance présidentielle, au point où une pétition a été lancée afin de soutenir cette candidature.

Toutefois, le dernier acte en date, et non des moindres, constitue l’appel lancé par le ministre Kobenan Kouassi Adjoumani qui fait office de porte-parole principal du RHDP. « Il n’y a que votre candidature [Alassane Ouattara, Ndlr] qui puisse à nouveau rassembler toute la grande famille du RHDP. Il n’y a que vous et vous seul pour garantir la sécurité, la stabilité et la paix si chères à la Côte d’Ivoire et aux Ivoiriens », soutient-il dans une déclaration faite dimanche. « A pratiquement trois mois du scrutin, notre parti ne peut se payer le luxe d’aller à de nouvelles consultations pour choisir un nouveau candidat », insiste-t-il.

Vu la qualité du ministre Kobenan Kouassi et sa position dans les instances du parti au pouvoir, cet appel se présente comme une préparation des esprits à l’éventualité d’une nouvelle candidature d’Alassane Ouattara. Toutefois, le président sortant ne s’est toujours pas officiellement prononcé sur la question.

Une éligibilité qui fait débat

Au-delà de sa volonté ou non de se présenter à nouveau à l’élection prochaine, l’éligibilité d’Alassane Ouattara qui est actuellement au terme de son deuxième mandat présidentiel fait débat depuis l’adoption de la nouvelle Constitution ivoirienne en 2016. A l’époque, l’opposition et une bonne partie des observateurs voyaient à travers cette modification de la Constitution une manœuvre du président sortant visant à briguer un troisième mandat.

Dans un entretien à la télévision nationale, RTI, le 6 août 2019, Alassane Ouattara avait déclaré que « la Constitution me permet de faire deux autres mandats ». Une position partagée par bon nombre de ses partisans comme l’illustre le porte-parole principal du RHDP. « La Constitution de la troisième République vous donne pleinement la possibilité de solliciter un autre mandat », soutient-il dans sa déclaration.

La Constitution actuelle comme la précédente n’autorise que deux mandats présidentiels. Et c’est là que se situe la controverse depuis la modification constitutionnelle intervenue en 2016.

Pour l’opposition ivoirienne, les principes généraux du droit et le principe de continuité de l’Etat disqualifient Alassane Ouattara. C’est ce que continue de soutenir jusqu’à présent, l’ancienne ministre et avocate Affoussiata Bamba-Lamine, proche de Guillaume Soro. « L’actuel président de la République n’est pas éligible en 2020, et ne peut prétendre à un troisième mandat », avait-elle déclaré à l’époque. Rappelant que « le président est élu au suffrage universel direct pour 5 ans et il n’est rééligible qu’une fois. […]. A aucun moment, il n’y est fait mention d’un troisième mandat ».

Pour cette juriste, c’est « méconnaître » le principe de la continuité de l’Etat, « en vertu duquel il n’y a pas de rupture dans la législation malgré l’avènement d’une nouvelle Constitution », que « de penser qu’il serait possible » pour Alassane Ouattara de vouloir briguer un nouveau mandat.

En 2018, au plus fort de la polémique, Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif en chef du PDCI (parti de l’ex-président Henri Konan Bédié) a affirmé dans un communiqué que « Ouattara ne sera pas candidat pour un troisième mandat ». Précisant que « c’est écrit dans la Constitution qu’au plus tard, le 5 décembre 2020, le président sortant devra se soumettre à une passation des charges avec le nouveau président ».

Même son de cloche au niveau d’EDS, une plateforme de partis d’opposition qui par le biais de son président, Georges Armand Ouegnin, a estimé que « l’idée d’un troisième mandat, le chef de l’Etat actuel le sait, est anticonstitutionnelle, inacceptable et irréalisable en Côte d’Ivoire ».

Le malaise sur la question de l’éligibilité d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat est d’autant plus grand que l’ancien ministre Cissé Bacongo, principal conseiller juridique du président sortant et membre du comité d’experts chargé de rédiger la Constitution de 2016 s’était prononcé sur la question. Convaincu que le président Alassane Ouattara n’avait pas l’intention de briguer un troisième mandat, il avait déclaré dans un entretien télévisé sur Africa 24 que l’article 184 de cette Constitution n’en donnait pas la possibilité. Celui-ci stipule que « la législation actuellement en vigueur en Côte d'Ivoire reste applicable, sauf l'intervention de textes nouveaux, en ce qu'elle n'a rien de contraire à la présente Constitution ».

Ce débat qui s’était estompé depuis qu’Alassane Ouattara a officiellement déclaré le 5 mars 2020 qu’il ne briguerait pas un troisième mandat présidentiel a commencé à ressurgir suite aux différents appels lancés pour sa candidature à la prochaine élection. La décision finale d’Alassane Ouattara sur la question est donc très attendue par la classe politique ivoirienne et par tout le pays.

Borgia Kobri

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