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Côte d’Ivoire : « Ne nous voilons pas la face, c'est une mascarade qui se prépare » (Guillaume Soro)

Côte d’Ivoire : « Ne nous voilons pas la face, c'est une mascarade qui se prépare » (Guillaume Soro)

(Niamey et les 2 jours) - Depuis son exil parisien, l’ex-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, a lancé un appel à l’unité de toute l’opposition et à la mobilisation populaire pour empêcher la tenue, en l’état, du scrutin du 31 octobre qu’il qualifie de « coup d’Etat civil de M. Ouattara ».

L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro (photo), a lancé ce jeudi 17 septembre, un appel à la mobilisation de toute l’opposition ivoirienne à « faire bloc » pour empêcher la tenue de l’élection présidentielle dans les conditions actuelles, en Côte d’Ivoire.

« Maintenir cette élection du 31 octobre 2020 n’a aucun sens, c’est une évidence. De même participer à cette élection serait cautionner le coup d’Etat civil de M. Ouattara », a déclaré Guillaume Soro, au cours d’une conférence de presse tenue à Paris (France) où il vit en exil, à la suite d'un mandat d’arrêt international lancé par la justice ivoirienne en décembre 2019.

« J’en appelle à une unité d’action de l’opposition pour stopper M. Ouattara dans sa folle aventure, par tous les moyens légaux et légitimes. Je demande aux candidats retenus ou non, spécifiquement au président Bédié, au président Gbagbo, au Premier ministre Affi N’guessan, aux ministres Amon-Tanoh, Mabri Toikeusse, de prendre ensemble nos responsabilités et de faire bloc », a-t-il insisté.

« Ne nous voilons pas la face, c'est une mascarade qui se prépare pour légitimer le 3ème sacre du Président Ouattara et sacrifier le peuple ivoirien sur l'autel des ambitions d'un homme. Nous ne saurons être les pantins de cette comédie burlesque », a ajouté l’ex-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire.

Pour Guillaume Soro, il s’agira, dans un premier temps, pour toute l’opposition de saisir la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne, et l’ONU en vue d’obtenir la tenue d’élections « transparentes et inclusives comme ce fut le cas en 2010 ».

Appelant par ailleurs l’opposition à actionner la mobilisation populaire contre le président sortant. « Ensemble, nous devons organiser la mobilisation de tout le peuple ivoirien, depuis la campagne, les hameaux, les villages, et les villes pour faire barrage au troisième mandat inconstitutionnel et interdit de M. Ouattara ».

Un processus électoral dans l’imbroglio après la dernière décision de la CADHP

Cette sortie médiatique de Guillaume Soro intervient juste après la dernière décision de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) qui, le 15 septembre dernier, a ordonné à l’Etat de Côte d’Ivoire de « prendre toutes les mesures nécessaires en vue de lever immédiatement tous les obstacles empêchant Guillaume Soro de jouir de ses droits d’élire et d’être élu, notamment lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020 ».

Cet arrêt de la CADHP a été rendu le lendemain de la décision du Conseil constitutionnel ivoirien éliminant la candidature à l’élection présidentielle de plusieurs poids lourds de l’opposition ivoirienne, dont Guillaume Soro.

Une situation pour le moins cocasse, d’autant plus que la CADHP fait injonction à l’Etat de Côte d’Ivoire de lui produire un rapport sur la mise en œuvre des mesures ordonnées par cette décision « dans un délai de 15 jours, à compter de la date de sa réception ».

Une exigence qui s’ajoute à celle faite par la Cour africaine le 15 juillet 2020, ordonnant à l’Etat de Côte d’Ivoire de réformer la Commission électorale. Une injonction depuis lors restée sans suite au niveau des autorités ivoiriennes.

Pour Guillaume Soro, qui a réaffirmé ce jeudi 17 septembre que sa candidature à l’élection présidentielle était « ferme, irréductible et irrévocable », sa « réintégration sur la liste électorale est obligatoire ».

Tout comme de nombreux leaders de l’opposition ces derniers jours, l’ex-président de l’Assemblée nationale n’a pas manqué de tirer à boulets rouges sur le Conseil constitutionnel ivoirien qu’il accuse d’avoir « servilement obéi au pouvoir exécutif sans même habiller par pudeur leur forfaiture des habits de droit ».

Avec cette prise de position, Guillaume Soro rejoint plusieurs autres leaders de l’opposition ivoirienne qui avaient déjà appelé à un report de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire et à l’instauration d’un dialogue inclusif pour la mise en œuvre de conditions plus consensuelles pour la tenue de ce scrutin.

Ragaillardi par cette décision de la CADHP, qui constitue une juridiction supranationale, l’ex-président de l’Assemblée nationale va même plus loin en demandant la dissolution pure et simple de certaines institutions électorales.

« Je demande la libération immédiate de mes proches et de tous les prisonniers politiques, la dissolution de la CEI [Commission électorale, Ndlr] et la mise en place d'une nouvelle, conformément à la décision de la Cour Africaine du 15 juillet 2020, la mise en place d'un Conseil Constitutionnel non inféodé au RHDP [parti au pouvoir, Ndlr], un audit international de la liste électorale et la présence d'observateurs internationaux pour contrôler la régularité du vote », a exigé Guillaume Soro.

Borgia Kobri


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