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Kémi Seba: Afrique mon djihad!

Kémi Seba: Afrique mon djihad!

(Niamey et les 2 jours) - Il aime la guerre. Il sait la faire avec des mots, mais pas seulement. Profane sur le terrain de l’économie, Kémi Seba est pourtant devenu le porte-drapeau du débat sur le franc CFA. Celui qui s’est donné, ces dernières années, une image de militant suprématiste noir, a réussi à faire d’un débat économique, une lutte pour la souveraineté continentale. Seulement, il ne faut pas résumer le personnage de Kémi Seba au débat du franc CFA. Cette croisade n’est que l’un des nombreux conflits qui ont fait connaître l’homme.

Le 19 août, Kémi Seba brûle un billet de 5000 FCFA en public pour protester contre cette monnaie qu’il considère comme « preuve d’un joug néocolonialiste ». Comme prévu, cet acte lui vaudra une arrestation à la suite d’une plainte de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Finalement, Kémi Seba, devenu le défenseur de la souveraineté africaine qui combat le méchant franc CFA, est relaxé par le juge. Expert en militantisme, le guide de l’ancienne tribu Ka enchaîne les actions et les communications soigneusement préparées. Il faut dire que l’homme n’en est pas à son premier combat. La lutte anti CFA n’est qu’un épisode de la quête, débutée il y a des années, par Kémi Seba, celle menant à l’épanouissement, voire la suprématie des peuples d’origine africaine.

Les idées noires d’un néo black Panther

A l’Etat civil, Stellio Gilles Robert Capo-Chichi, Kémi Seba est né à Strasbourg, le 19 décembre 1981, de parents français d'origine béninoise. Sa jeunesse est fortement marquée par les discriminations raciales. Il affirme avoir grandi dans un environnement où il était le seul Noir et subissait des actes de racisme. Dès 17 ans, il se rapproche de groupes défendant la cause noire et se radicalise de plus en plus. Durant un séjour aux Etats-Unis, il fréquente Nation of islam et y acquiert les bases du militantisme. Il rejoint tour à tour diverses organisations afrocentrées jusqu'en 2004 où il fonde la Tribu Ka, un mouvement français de « défense du peuple noir ».

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Le groupe voit en l’Egypte ancienne un royaume parfait créé par un peuple noir, les "Kémites", et incite donc à vénérer le dieu Aton de la mythologie égyptienne. Le natif de Strasbourg devient alors le guide Kémi Seba. Sa tribu Ka a pour objectif la ségrégation des races et son chef, selon qui les Noirs ne doivent pas se mélanger avec les Blancs et les Arabes, conseille aux Africains de retourner vivre sur leur terre originelle. Le mouvement sera dissout, le 26 juillet 2006, après une descente dans le quartier du marais où la tribu Ka voulait affronter les membres du mouvement juif Betar, qui auraient tabassé un Noir.

Des cendres de l’organisation, naissent ensuite Génération Kémi Seba, Jeunesse Kémi Séba, ou encore le Mouvement des damnés de l’impérialisme. Toutes ces organisations finissent par être interdites. Après des prises de paroles très aggressives dans les médias, Kémi Seba est désormais considéré comme un suprématiste radical. « Quand un nègre prêche l’estime de soi, l’amour de ses semblables, l’impérialisme appelle cela de la haine, sans doute parce que notre peuple a été programmé par l’oligarchie pour aimer tout le monde à l’exception de lui-même », déclare-t-il en 2012 à propos de son image de fauteur de trouble.

Des phrases chocs et des accointances avec l’extrême droite française

En février 2006, après l’affaire du « gang des barbares », Kemi Seba menace de s’en prendre physiquement aux rabbins français si « un des cheveux du frère Youssouf Fofana était effleuré ». Le chef du gang des barbares a pourtant torturé et découpé en morceaux un jeune juif choisi au hasard, Ilan Halimi.

En février 2006, après l’affaire du « gang des barbares », Kemi Seba menace de s’en prendre physiquement aux rabbins français si « un des cheveux du frère Youssouf Fofana était effleuré ».

A plusieurs reprises, il assimile l’homme blanc au diable. «Quand on commence à marcher avec le diable, on finit toujours enchainé», déclare-t-il, par exemple, lors d’un débat.

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Avec Mahmoud Ahmadinejad, l’ex-président iranien qui voulait « rayer Israel de la carte »

De déclaration en déclaration, Kémi Seba passe du statut de phénomène de foire à celui d’extrémiste. D’ailleurs, des personnalités du Front National se rapprochent bientôt de lui. En 2006, Charles-Alban Schepens, cadre du FN, apporte son soutien à Kémi Seba lors d’un procès.

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Ami de Dieudonné.

Plus tard, le fondateur de la tribu Ka, ami de Dieudonné, se rapproche également d’Alain Soral et affirme même trouver cohérent le discours de Jean-Marie le Pen.

Les lumières de l’Islam et la légère modération du discours kémite

Au cours d’un séjour en prison, en 2008, Kémi Seba se convertit à l’Islam et renonce au culte d'Aton. Il se désengage de l’afrocentrisme pour désormais parler de panafricanisme. Il modère son discours à tel point qu’il déclare au média musulman Saphirnews« Je ne crois plus que l’homme blanc est le diable comme j’ai pu le croire à un moment ». Plus policé, Kémi Seba commence à exposer ses idées sur de nombreux médias.

Il modère son discours à tel point qu’il déclare au média musulman Saphirnews, « Je ne crois plus que l’homme blanc est le diable comme j’ai pu le croire à un moment ».

En 2010, celui qui s’imagine une trajectoire à la Malcom X est nommé « ministre francophone » des New Black Panthers, une organisation afro-américaine basée à Washington. Il reçoit pour l’occasion le nom de « Kémiour Aarim Shabazz ». La même année, il annonce le lancement du Black Pempers Center, un centre de loisirs qui serait uniquement destiné aux enfants noirs de France.

Retour en terre africaine et abolitioniste du CFA

En 2011, Kémi Seba décide de partir vivre en Afrique, au Sénégal plus précisément. Il devient chroniqueur politique pour des chaines de télévision africaine et gagne une importante notoriété dans les milieux populaires. En 2013, il publie un livre intitulé "Supra-Négritude". Celui-ci traite de la négritude et du nécessaire retour à la terre mère des afro-descendants pour contribuer au développement de leur continent.

En 2015, Kémi Séba reçoit à Dakar le prix de "la résistance africaine" de l'Institut africain de management. Sans être réellement apaisé, il semble moins agressif. Que nenni. Alors que le débat sur le franc CFA prend de l’ampleur, le Franco-béninois affiche de nouveau les peintures de guerre et prend presque naturellement la tête du camp anti CFA. Son nouveau combat, il compte le mener, comme tous les autres, avec une détermination et une foi sans bornes dans ses idéaux panafricanistes. Il commence à récolter du soutien de toutes les classes. Il a, par exemple, été récemment rejoint dans son combat anti CFA par l’ex-footballeur international Lilian Thuram.

Néanmoins, le guide de la disparue Tribu Ka continue de faire face au scepticisme et au rejet de politiques qu’il considère comme des traitres à leur continent. Pour Kémi Seba, le dernier de ces renégats est sans doute Macky Sall, le président du Sénégal, pays dont l’activiste vient d’être expulsé.

Servan Ahougnon

Notre avis

Ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Kémi Seba résonne comme un coup de semonce en direction des dirigeants africains. Que la jeunesse se soit approprié une question qui était restée jusque-là dans le champ exclusif de l’économie et qu’elle ait profité de cette occasion pour exprimer son ras-le-bol d’une certaine politique de connivence entre ses dirigeants et des pouvoirs français, souvent à son détriment, a de quoi susciter la réflexion.

Si ces aspirations peuvent paraître légitimes, il est désormais à craindre qu’elles ne soient récupérées par des individus en quête de popularité, au service d’un agenda personnel. En enchaînant provocation sur provocation et diatribe sur diatribe et en flattant l’émotion primaire des masses, ces individus pourraient les entraîner vers le drame.

Si évoquer les horreurs du nazisme et l’exaltation hautement subversive d’un Adolf Hitler semble tiré par les cheveux dans ce cas-ci, il est néanmoins à craindre de voir une certaine frange de plus en plus importante de la jeunesse africaine suivre ces gourous qui flattent leurs bas instincts, à défaut de leur proposer des solutions réelles, autres qu’un retour vers un passé fantasmé.

Pour contrer ce mal, les dirigeants africains doivent prendre leurs responsabilités en offrant un horizon à leur jeunesse et en investissant massivement dans l’éducation, car c’est bien la lumière de la connaissance qui chasse les ténèbres de l’ignorance.

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