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Gino Conte : « Le repli des matières premières devrait ouvrir la voie à la diversification des exportations de l’Afrique vers la Chine »

Gino Conte : « Le repli des matières premières devrait ouvrir la voie à la diversification des exportations de l’Afrique vers la Chine »

(Niamey et les 2 jours) - De passage au Cameroun lors du lancement du panorama de la COFACE, celui qui, entre temps, est devenu Directeur en charge de l’Afrique subsaharienne au sein de cette institution, a accepté de parler du rapport, mais aussi de l’évolution des assurances dans la région.

Agence Ecofin : Quel était l’opportunité pour la COFACE de sortir un rapport sur les relations économiques entre la Chine et l’Afrique

Gino Conte : Déjà il faut comprendre que la COFACE occupe une position de leader sur le marché global de l’assurance contre les risques liés aux activités commerciales. Si je devais définir notre activité principale, ce serait de dire qu’elle est basée sur la connaissance et l’information que nous produisons, bien sûr pour nos clients, mais aussi pour les différents environnements dans lesquels nous évoluons. Nous avons une importante équipe d’analystes basée à Paris, notre siège, et qui travaille selon une répartition géographique. Ils produisent des analyses sur plusieurs sujets en rapport avec nos interventions. Alors pourquoi écrire sur les relations Chine-Afrique ? C’est simple, la Chine est, depuis deux décennies déjà, le plus gros partenaire commercial de l’Afrique, avec aux alentours de 2013 et 2014, un pic de près de 200 milliards $ d’échanges commerciaux. Aujourd’hui il est évident que nous ne sommes plus à ces hauteurs-là malheureusement. Il y a eu un petit repli, mais dans tous les cas, la Chine demeure un partenaire commercial de poids pour chacun des pays d’Afrique sub-saharienne, et à la COFACE, nous avons jugé important de parler de ce sujet et une fois encore ce n’est pas une initiative exclusive, demain nous pourrions très vite aborder d’autres aspects ou sujets.

Agence Ecofin : Vous auriez pu partager ce rapport avec les politiques ou encore des parlementaires, mais pour cette analyse vous avez choisi d’en discuter avec le secteur privé, en l’occurrence le GICAM au Cameroun, quels objectifs visiez-vous derrière ce choix ?

Gino Conte : Il fallait bien commencer le dialogue quelque part et nous avons ressenti le besoin de le faire avec des partenaires très importants du monde des affaires. Nous aurions effectivement pu rencontrer des politiques. Mais le GICAM est l’organisation patronale la plus importante au Cameroun et ce pays est celui de notre siège pour la région d’activité Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale. C’est donc naturellement que la première présentation se déroule au Cameroun. Nous avons une présence dans d’autres pays africains et il n’est pas exclu que les futures présentations se déroulent dans l’un d’eux. En même temps que le Cameroun, des présentations analogues ont eu lieu à Johannesburg en Afrique du Sud et aussi en Chine.

Agence Ecofin : Vous avez parlé d’un repli dans les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique comment est-ce que cette situation impacte vos activités dans la région ?

Gino Conte : L’Afrique est un gros marché pour nous, et les impacts du repli en valeur des relations commerciales entre la Chine et l’Afrique ne se font pas vraiment ressentir. Nous ne pouvons cependant pas fermer les yeux sur le fait que la faible demande globale en pétrole s’est traduite par une baisse des prix sur le marché mondial, exposant l’Afrique centrale à des baisses de flux financiers avec le reste du monde, dont la Chine. Il y a des défis qui surgissent, mais nous adaptons notre stratégie à ces défis et jusqu’ici, les choses vont pour le mieux. Mais ce que nous avons relevé dans notre panorama des relations Chine-Afrique, focalisant sur le Cameroun, c’est que le repli des matières premières notamment le pétrole devrait ouvrir la voie à la diversification des exportations qui sont effectuées vers la Chine. Notre analyse démontre en effet, que l’amélioration des conditions de vie dans ce pays, implique de nouvelles exigences au sein de la population. L’Afrique globalement, et la partie centrale en particulier, peut y voir une opportunité, pour satisfaire cette demande, en transformant ainsi le contenu des échanges commerciaux. Bien sûr pour le moment, la part des exportations agroindustrielles africaines vers la Chine sont encore faibles, mais nous avons une vision de long terme dans les 5 ou 10 prochaines années. Nous pouvons assumer le fait que nous suivons tous ces changements pour mieux positionner nos affaires. C’est notre métier que d’anticiper et de nous positionner sur de nouveaux segments porteurs.

Agence Ecofin : Parlons des changements dans le secteur de la réglementation des assurances en zone CIMA, notamment celle concernant l’augmentation de capital minimum. Quel commentaire faites-vous à ce propos ?

Gino Conte : Déjà c’est une réforme nécessaire, et toutes les compagnies d’assurances sont d’accord sur ce point-là. Si le secteur doit jouer son rôle, nous devons avoir de solides acteurs, et cela suppose disposer d’une base de capital confortable. L’effectivité de cette réforme est prévue pour les mois prochains. Pour ce qui nous concerne à la COFACE nous travaillons avec des partenaires précis et nous les sélectionnons sur la base de critères précis, en rapport avec leurs fondamentaux. Ces derniers sont en conformité avec la nouvelle régulation. Il est clair que nous nous attendons à des fusions ou à l’arrivée de gros acteurs sur le marché. Il y aura sûrement des marchés qui connaîtront de gros défis, notamment la République Centrafricaine ou encore la Guinée Bissau.

Agence Ecofin : Il y a aussi cette réforme qui restreint les exportations des primes de réassurance, un défi supplémentaire ou une opportunité ?

Gino Conte : Disons que la COFACE intervient en Afrique comme un acteur local et les transformations qui surviennent dans la région peuvent nous impacter. C’est important de retenir le maximum de primes car les assureurs jouent un rôle important dans le financement de l’économie et du système financier dans son ensemble. Nous comprenons en conséquence que ces questions puissent retenir l’attention des régulateurs et des autorités de la sous-région. Maintenant, il faudra bien suivre la capacité du marché à pouvoir absorber les nouveaux volumes de primes générés et surtout les attentes des bénéficiaires de services de réassurance. Ce qui est sûr c’est que cette question préoccupe tout le monde et aux premières lignes les sociétés d’assurance.

Agence Ecofin : La régulation sur l’évaluation des risques évolue beaucoup en Afrique et bien que vous représentiez un groupe basé à Paris, vous avez une exposition relativement forte en Afrique. Comment est-ce que vous vous adaptez à ces différents changements sur la gestion des risques, notamment dans la consolidation de vos résultats ?

Gino Conte : C’est un point essentiel. Et nous discutons au sein de notre groupe sur la conformation de nos processus à la gestion des risques dans les différents pays et zones de la région où nous intervenons. Notre position est celle de nous aligner sur les meilleures pratiques et les standards internationaux. Malgré notre engagement à être présent avec une expertise locale, il y aussi un devoir en terme de responsabilité sociétale d’apporter de bonnes pratiques internationales. Est-ce que cela nous favorisera à long terme ou pas ? Je ne pense pas que ce soit là la question. Il existe des situations où nous refusons de nous engager dans certains projets, parce qu’ils ne respectent pas nos standards. Donc oui pour les régulations en matière de risque mais surtout, il faut bien connaître ses clients

Entretien réalisé par Idriss Linge

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