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Côte d'Ivoire : Ouattara tend la main à Bédié, mais le dialogue national inclusif peut attendre…

Côte d'Ivoire : Ouattara tend la main à Bédié, mais le dialogue national inclusif peut attendre…

(Niamey et les 2 jours) - Le président Alassane Ouattara s’est dit prêt pour un « dialogue franc et sincère » avec Henri Konan Bédié. Toutefois, pendant que des leaders de l’opposition sont soit arrêtés soit en exil, il en faudra bien plus pour asseoir les bases d’un véritable dialogue national inclusif en Côte d’Ivoire.

Dans sa première « adresse à la nation » faite dans la soirée du lundi 9 novembre 2020, suite à la confirmation par le Conseil constitutionnel de son élection pour un troisième mandat, le président Alassane Ouattara (photo) s’est dit favorable à « un dialogue sincère et constructif avec l'opposition ».

Toutefois, en termes de représentativité de l’opposition, seul l’ex-président, Henri Konan Bédié, semble véritablement compter aux yeux d’Alassane Ouattara.

« Je voudrais donc inviter mon aîné, le président Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, à une rencontre dans les tout prochains jours, pour un dialogue franc et sincère en vue de rétablir la confiance », a-t-il déclaré.

Cette invitation est bien loin de la proposition faite par la communauté internationale et plusieurs organisations de la société civile visant à engager un dialogue politique plus inclusif, « en associant les nouvelles générations ».

Pendant qu’il donne l’impression de tendre la main à une partie de l’opposition qui a pourtant, dans sa grande majorité, appelé à la désobéissance civile, Alassane Ouattara affiche portant une réelle fermeté face à certains de ses leaders.

« Des enquêtes seront menées afin de situer toutes les responsabilités. Les auteurs ainsi que leurs complices, où qu’ils se trouvent, seront recherchés, interpelés et traduits devant les tribunaux, afin qu’ils répondent de leurs actes », a-t-il menacé.

Plusieurs arrestations ont déjà été effectuées dont celles du secrétaire exécutif du PDCI, Maurice Kacou Guikahué, et du porte-parole de l’opposition, Pascal Affi Nguessan du FPI.

Selon les avocats d’Affi Nguessan, ce sont au moins 30 charges dont celles de complot et d’atteinte à la sureté de l'Etat qui ont été retenues lundi contre leur client.

D’autres leaders de l’opposition sont soit recherchés par la justice comme c’est le cas d’Albert Mabri Toikeusse de l’UDPCI, soit en exil tels que Guillaume Soro toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Akossi Bendjo, ou encore Anaky Kobena.

Dans une configuration pareille, la mise en place d’un dialogue inclusif semble clairement hypothétique. De sorte que l’adresse faite par Alassane Ouattara à Henri Konan Bédié semble plus s’apparenter à une tentative de diviser l’opposition et de se constituer une majorité afin de mieux tenir les rênes du pouvoir, qu’à une volonté réelle d’engager une large concertation nationale pour aboutir à un véritable consensus.

Rappelons à cet effet que dans le cadre du RHDP [qui était encore à l’époque un groupement de partis politiques, Ndlr], Henri Konan Bédié avait déjà apporté un soutien décisif à Alassane Ouattara au second tour de l’élection présidentielle de 2010 face à Laurent Gbagbo. Cela fut également le cas pour sa réélection en 2015, suite à « l’appel de Daoukro ».

Même si Henri Konan Bédié n’a pour le moment pas encore officiellement réagi à cet appel de pied d’Alassane Ouattara, des leaders de l’opposition y voient déjà une sorte de traquenard.

Guillaume Soro qui dénie toujours toute légitimité à Alassane Ouattara depuis le dernier scrutin présidentiel a déclaré, à travers un tweet que « l’ex-président de la Côte d’Ivoire @AOuattara_PRCI appelle l’opposition ivoirienne au dialogue avec la même intention que le loup affamé appellerait l’agneau au dialogue ».

Une illustration parfaite que la crise de confiance entre les acteurs politiques ivoiriens persiste et qu’il faudra à Alassane Ouattara bien plus qu’un dialogue direct avec Henri Konan Bédié pour asseoir les bases d’un véritable dialogue politique porteur d’un consensus durable pour un pays dans lequel la fracture sociale est parfaitement visible, et qui glisse doucement vers l’instabilité.

Lundi, la reprise des manifestations de désobéissance dans plusieurs villes du pays à l’appel de l’opposition s’est encore soldée par une dizaine de morts, dont au moins trois tués par balles, et des dizaines de blessés.

Selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 6000 Ivoiriens ont déjà fui le pays vers les Etats voisins en raison des tensions liées aux élections, ainsi que des violences intercommunautaires dans certaines localités. Leur nombre continue d'augmenter, s’inquiète le HCR.

Borgia Kobri

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