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Burkina Faso : des charniers d’au moins 180 corps découverts dans le nord après des exécutions extrajudiciaires (ONG)

Burkina Faso : des charniers d’au moins 180 corps découverts dans le nord après des exécutions extrajudiciaires (ONG)

(Niamey et les 2 jours) - Human Rights Watch a déclaré mercredi 8 juillet que des fosses communes contenant au moins 180 corps ont été découvertes à Djibo au nord du Burkina Faso, suite à des exécutions extrajudiciaires menées par les forces de sécurité gouvernementales. Les autorités ont décidé d’ouvrir une enquête.

« Des fosses communes contenant au moins 180 corps ont été découvertes dans une ville du nord du Burkina Faso au cours des derniers mois, et les preuves disponibles suggèrent l'implication des forces de sécurité gouvernementales dans des exécutions extrajudiciaires de masse ». C’est ce qu’a déclaré l’ONG Human Rights Watch à travers un communiqué rendu public mercredi 8 juillet.

Les habitants de la ville de Djibo (dans le nord du pays) qui ont vu les corps ont déclaré à Human Rights Watch que les morts, tous des hommes, avaient été abandonnés entre novembre 2019 et juin 2020, par groupe de 3 à 20 selon le cas, le long des routes principales, sous des ponts, ainsi que dans des champs et des terrains vagues. À quelques exceptions près, les corps ont été retrouvés dans un rayon de cinq kilomètres du centre de Djibo.  

Les habitants ont enterré la plupart des corps dans des fosses communes en mars et avril, tandis que d'autres ne sont toujours pas enterrés. Ils ont par ailleurs indiqué qu'ils pensent que la majorité des victimes sont des hommes appartenant à l’ethnie fulani ou peul, identifiés d’après leurs vêtements et leurs caractéristiques physiques. Nombre d’entre eux ont été retrouvés les yeux bandés et les mains attachées, et ont été abattus. Plusieurs habitants ont déclaré qu'ils connaissaient de nombreuses victimes, dont des membres de leurs propres familles.   

« Les autorités du Burkina Faso devraient dévoiler de toute urgence qui a fait de Djibo un terrain d’exécutions sommaires », a déclaré Corinne Dufka, directrice pour l’Afrique de l’Ouest de Human Rights Watch. « Les informations existantes désignent les forces de sécurité gouvernementales. Il est donc essentiel de mener des enquêtes impartiales, de recueillir correctement des preuves, et d'informer les familles de ce qui est arrivé à leurs proches ».   

Répondant aux sollicitations de l’ONG, le gouvernement burkinabè à travers son ministre de la Défense, Moumina Chériff Sy, s'est engagé à diligenter une enquête sur ces « allégations ». Indiquant que les exécutions avaient eu lieu lors des attaques menées par des islamistes armés.

Le ministre a par ailleurs suggéré que ces exactions auraient pu être commises par ces groupes, en utilisant des uniformes et moyens logistiques de l'armée volés, notant qu’il est parfois « difficile pour les populations de faire la différence entre les groupes armés terroristes et les forces de défense et de sécurité ».

A partir de 2016, des groupes islamistes armés alliés à Al-Qaïda ou à l'État islamique ont attaqué des postes des forces de sécurité ainsi que des civils dans tout le Burkina Faso, mais principalement dans la région du Sahel limitrophe du Mali et du Niger.

Déjà au mois d’avril 2020, Human Rights Watch a accusé les forces de sécurité gouvernementales de s’être livrées à des exécutions extrajudiciaires après la découverte de 31 corps à Djibo. Des accusations aussitôt réfutées par les autorités du pays qui avaient décidé d’ouvrir une enquête.

Borgia Kobri

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