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Hamadoun Toure de Smart Africa : «Je suis très confiant en la capacité de nos jeunes.»

Hamadoun Toure de Smart Africa : «Je suis très confiant en la capacité de nos jeunes.»

(Niamey et les 2 jours) - Le Directeur exécutif de l’initiative « Smart Africa » Dr Hamadoun Toure a séjourné en terre nigérienne la semaine dernière. Ancien Secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (2007 – 2014), ancien Président du réseau Tic des Nations unies, M. Toure a échangé avec les jeunes entrepreneurs Nigériens au Centre incubateur des petites et moyennes entreprises du Niger (Cipmen). Une rencontre à l’issue de laquelle cet irréductible de l’industrie mondiale des satellites a accordé cette interview à Niameyetles2jours. Soutien aux jeunes start ups, formation des jeunes aux tics et tenue du prochain sommet « Transform Africa » à Niamey ont été au menu de l’entretien.

Bonjour Hamadoun Toure. Pourquoi avez-vous tenu à rencontrer les jeunes entrepreneurs cet après-midi ?

L’alliance « Smart Africa » a pour but de s’assurer du développement harmonieux des Technologies de l’information et de la communication. Le Niger est l’un des pays membres actifs et c’est pour cela que nous sommes venus aujourd’hui avec l’Agence nationale pour la société de l’information (Ansi) pour rencontrer les jeunes start up, s’entretenir avec eux et leur faire part des programmes en cours sur le continent pour eux, par eux et avec eux. Et aussi pour les aider à continuer à se développer.

Parmi ces start up, il y en a qui étaient présentes en mai dernier à Kigali (Rwanda) durant le sommet « Connect Africa » et ces start up ont vraiment eu du succès.

Donc, je suis très heureux de voir que de très bonnes choses se passent ici au Niger. Nous sommes là aussi pour encourager les jeunes et leur faire savoir que la seule limite qu’ils peuvent avoir est la limite de leurs propres rêves et la limite de la puissance de leurs cerveaux.

Ceci dit, nous devons former ces cerveaux, les gouvernements doivent mettre en place des politiques de développement adéquates qui favorisent l’attraction de l’investissement. Et ces gouvernements doivent encourager le risque. Comme vous le savez, les start up sont associées à un risque d’échec potentiel. Même aux Etats unis d’Amérique, 80% des start up échouent au bout de trois ans. Il n’y a que 20% qui survivent. Malgré cela, vous voyez comment les start up dominent le monde en matière de technologie de l’information et de la communication.

Il nous faut alors en Afrique développer cette culture du risque où échouer n’est pas à punir. Il faut plutôt encourager un entrepreneur qui a entrepris des idées 10 fois et qui sait 10 façons de ne pas commettre des erreurs et l’encourager parce que la 11ème fois sera la bonne.

Nous voulons inculquer cette culture aux jeunes tout comme la culture du partage de savoir. La connaissance, c’est le savoir partager. Et nous sommes dans une société de l’information où nous pouvons partager plus vite et mieux. Donc, nous avons profité de cette réunion pour encourager les jeunes à se concerter entre eux, à partager leurs idées et nous allons mettre en place des structures pour la protection de la propriété intellectuelle dans chacun des lieux d’incubation afin que, si vous partagez vos idées, vous puissiez continuer à bénéficier de l’intérêt que cela va générer.

Vous avez annoncé devant les jeunes entrepreneurs le lancement d’un fonds boursier pour aider les étudiants dans le domaine des Tics. Qu’en est-il ?

Nous avons fait une évaluation des besoins du continent africain et des potentialités d’investissement. Nous l’avons estimé à 300 milliards de dollars dans les 10 prochaines années, mais c’est une estimation très minime. Nous parlons d’investissements dans les infrastructures. Ce sont la mise en place de satellites, des fibres optiques, des réseaux mobiles et autres. Nous parlons des équipements terminaux qui ont besoin d’investissements incroyables pour servir un milliard d’habitants. Donc, le développement de contenu va être un véritable moteur parce que nous avons une richesse culturelle incroyable que nous pouvons mettre sur le net, le développement des logiciels et des applications qui permettent à nos jeunes développeurs de pouvoir s’épanouir, d’utiliser leur ingéniosité et de pouvoir s’enrichir.

Enfin, le développement des capacités humaines, c’est à dire la formation. C’est pour cela que nous avons le fonds boursier dont vous parliez dans votre question. Chaque Etat a donné 200 000 dollars. Actuellement, nous sommes en train de travailler avec les membres du secteur privé pour augmenter ce fonds boursier.

Lorsque nous organisons le forum « Transform Africa », le surplus que nous faisons est versé dans le fonds boursier. Nous voulons former en masse des centaines de milliers de jeunes Africains dans tous les domaines de la technologie de l’information et de la communication. Nous travaillons avec de grandes universités aux Etats unis d’Amérique, en Afrique, donc nous voulons que nos jeunes soient formés.

La formation ne sera pas qu’universitaire. Nous pensons aussi à la formation professionnelle pour nous assurer que nos jeunes sont suffisamment préparés pour cette dernière révolution où l’Afrique va jouer son rôle au même titre que les autres continents. Je suis très confiant en la capacité de nos jeunes. Il suffit de mettre en place une politique adéquate à l’encouragement de cela. Le secteur privé est prêt à venir investir. Nous devons créer des emplois pour nos jeunes, sinon ils iront traverser la Méditerranée. Nous devons leur donner de l’espoir. Et j’ai été très ravi d’échanger avec les jeunes entrepreneurs à Niamey.

Vous avez annoncé un sommet « Smart Africa » en prélude au sommet de l’Ua qu’abritera le Niger probablement en juillet 2019. Dites-nous plus à ce propos.

Il y aura ce sommet en juillet 2019 à Niamey. Et avant le sommet, nous devons nous assurer que toutes les structures seront prêtes. Notre contribution concerne les technologies de l’information et de la communication. Donc, nous allons nous assurer que les délégations disposeront de meilleurs moyens de communication durant le sommet.

Ce sera aussi pour nous une occasion d’organiser le sommet « Transform Africa » en début d’année (2019, ndlr) qui nous permettra d’amener les acteurs politiques et du monde de l’industrie des Tics à accorder leurs violons pour une bonne tenue du sommet.

Interview réalisée par Guevanis DOH

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