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Des étudiants nigériens inventent du « charbon vert » pour protéger l’environnement et éviter la déforestation

Des étudiants nigériens inventent du « charbon vert » pour protéger l’environnement et éviter la déforestation

(Niamey et les 2 jours) - Trois jeunes étudiants Nigériens, membres de l’Ong « Niger Vert » font parler d’eux dans le monde de l’entrepreneuriat par une innovation hors pair : du charbon vert ou charbon écologique. Le produit intéresse par son caractère économique, pratique pour la cuisson, sans fumée et qui émet moins de gaz à effet de serre. Une invention qu’ils ont réussie à travers la transformation de matières premières (coques de maïs, jacinthe d’eau, coques d’arachide, etc) souvent négligés et laissés pour compte dans la nature.

Projecteur sur une innovation qui pourra contribuer à la limitation sensible de l’abattage anarchique des arbres dans un pays où l’on sait combien l’utilisation du charbon de bois dans les ménages (comme énergie domestique) s’apparente presque à une tradition.

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Il sonnait 16 heures Gmt+1 cet après-midi au Niger. Le soleil commence par envoyer moins de rayons lumineux, temps propice pour visiter le terrain. Le cap est pris sur le siège de l’Ong « Niger Vert » qui a vu naître le nouveau produit : du charbon vert dont la fabrication a été premièrement testée en 2015. Aux manettes, de jeunes Nigériens membres de l’Ong en pleine séance d’expérimentation sous la coordination de leur Président. Ce dernier s’appelle Idriss Zakari, jeune étudiant en Geoscience et environnement à l’Université Abdou Moumouni de Niamey. Quelques minutes de démonstration d’une cuisson avec le nouveau charbon ont suffi pour nourrir la curiosité de mieux connaître le processus ayant abouti à l’invention du charbon vert.

Reportage

Les jeunes étudiants de l’Ong fabriquent le charbon vert à partir de résidus végétaux négligés et souvent laissés pour compte dans la nature. Pour mieux comprendre, nous nous sommes déplacés sur la rive droite du fleuve Niger. Depuis le pont qui sert de passerelle sur le fleuve, pas besoin de loupe pour observer des plantes végétales verdoyantes qui occupent la surface du fleuve sur des hectares. « Cette plante s’appelle la jacinthe d’eau et est l’une de nos matières premières de fabrication. C’est une plante souvent présente sur les eaux douces comme le fleuve Niger. Une bonne partie de ce fleuve est envahi par cette plante qui n’a aucune utilité ni pour l’homme ni pour les animaux. Elle dégage énormément d’eau par l’évapo transpiration. Donc, elle fait perdre à notre fleuve une énorme quantité d’eau par an. Pire, elle constitue un abri pour les serpents et un centre d’incubation pour les moustiques, » explique Idriss Zakari tout en enchainant avec une autre plante aquatique, le sida cordifolia, une autre matière première pour l’association. « C’est une plante aquatique qui envahit les terres de culture et de pâture. Ni les hommes ni les animaux n’en mangent pas. Ca constitue alors une menace pour l’environnement. Là où cette plante pousse, aucune autre ne peut pousser. Il inhibe la régénération des autres plantes.»

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Sur le terrain, beaucoup d’autres résidus végétaux laissés pour compte et polluant l’environnement ont été remarqués. Des balles de doum qui jonchent aussi les caniveaux empêchant la bonne évacuation d’eau, les coques d’arachide, de maïs, de la paille, des feuilles mortes… Tous des résidus négligés mais qui polluent tout de même l’environnement.

Le Président de l’Ong « Niger Vert » explique qu’au début, l’Ong lançait des opérations de collecte de ces matières pour libérer les terres de culture et de pâture pour les femmes qui cultivent aux abords du fleuve. « Et on les brûlait dans la nature vu que ce sont des plantes que ni les animaux ni les hommes n’en consomment pas, » explique-t-il.

« Mais après des discussions avec des ainés qui transforment du bois en charbon, nous nous sommes rendus compte qu’il est possible de transposer le processus avec ces résidus végétaux que nous brûlons tout le temps à ciel ouvert. C’est de là qu’est né l’idée de la fabrication du charbon vert et cela a marché dès le premier test,» narre-t-il.

Le charbon vert a été fabriqué pour la première fois en 2015. Mais un charbon vert pour quelle utilité concrètement ? Retour au siège d’incubation du produit.

Du charbon sans toucher aux arbres

Depuis la sécheresse des années 70, les autorités nigériennes ont pris à cœur la question du reboisement et de la déforestation. Mais, c’est sans compter sur l’habitude qui a la peau dure. Aussi compte tenu d’une absence d’alternative aux besoins d’énergie domestique. Selon des chiffres découverts dans les archives, 80% des besoins en énergie au Niger proviennent de l’abattage des arbres. Une réalité qui agit sans doute sur l’environnement dans une région la plus touchée au monde par les effets dévastateurs du changement climatique.

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« Notre charbon ne dégage pas de fumée et moins de gaz à effet de serre. Il n’a que le carbone pur qui lui permet d’être combustible parce que le goudron et les métaux qui pourraient polluer sont incinérés durant la transformation, » vante M. Zakari. « Nous sommes conscients des défis auxquels sont confrontés notre pays sur le plan de l’environnement. Avec ce charbon, nous luttons contre la déforestation. C’est un charbon qui dure plus que les autres types de charbon, que ça soit du charbon mineral ou du charbon de bois. Et aussi, il y a plus d’accessibilité de ce charbon par rapport aux autres charbons,» renchérit Arouna Moussa, Secrétaire général de l’association et Co-promoteur du produit.

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Pour transformer la matière première en charbon, les jeunes promoteurs ont été moins généreux pour des raisons liées à la propriété intellectuelle de leur ouvrage. Mais, toujours est-il que les matières premières, une fois récupérées, sont séchées puis incinérés grâce à un incinérateur que les promoteurs ont développé. Les matières premières prennent alors une forme de poudre noire, moins salissant que le charbon de bois. S’ensuit le mélange avec de la gomme arabique et de l’amidon bouillis. Enfin, il y a des «presseurs» qui permettent de mettre le mélange en briquettes. « Au Niger, les femmes utilisent beaucoup plus les foyers classiques ou conventionnels. Ils sont conçus de sorte que le charbon supporte directement le poids de la marmite. Donc, c’est important que le charbon soit dur, » ajoute M. Zakari.

Témoignages

Pour avoir l’écho des consommateurs du produit, retour sur le terrain. Cet après-midi, nous avons pris de cours Mme Jamila, qui prépare une sauce tomate pour la famille avec le charbon écologique. Pour elle, le charbon vert est économique et réduit la consommation d’énergie. « Depuis que j’ai utilisé ce charbon, je l’ai adopté. Il ne dégage pas de fumée, il ne salit pas les mains ou les casseroles. Il facilite la cuisson. La sauce là par exemple m’a pris environ 20 minutes avec ce charbon. Avec le charbon de bois, je peux rester ici pendant trois quarts d’heure. Je suis impatiente qu’ils le commercialisent,» témoigne-t-elle. De son côté, Mme Nana Aïchatou explique que « contrairement au charbon classique qu’on ne peut plus réutiliser après la préparation, l’on peut réutiliser le charbon vert. C’est plus économique. A chaque fois, je demande aux promoteurs de démarrer la commercialisation pour le faire bénéficier au plus grand nombre. Il est plus pratique et réduit la durée de cuisson. »

Pour optimiser le caractère économique du charbon écologique, les promoteurs ont développé également des produits dérivés. Ce sont le foyer spécialisé qui peut conserver la chaleur pour la cuisson même si le consommateur est en panne de charbon nécessaire. Ou encore le four spécialisé qui pourrait révolutionner aussi le monde des fast food, de la boulangerie, etc.

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Défis et perspectives

Le charbon vert malgré ses avantages vantés par quelques rares personnes qui en consomment n’est pas encore commercialisé. La faute au manque de moyens et de soutien, selon les promoteurs. « Les matériaux que nous utilisons sont artisanaux et c’est manuel. C’est fatiguant et ça prend énormément de temps, d’énergie pour qu’on ait une quantité. Pour fabriquer 1 kilogramme de charbon, il nous faut au minimum une heure alors que si nous avons des matériaux de fabrication modernes, nous pourrons gagner en temps et accroître notre capacité de commercialisation, » espère le Président de l’association « Niger Vert », Idriss Zakari.

Son collègue, Arouna Moussa lance un appel à l’Etat. « Nous n’avons pas de soutien de l’Etat. Les matériaux que nous utilisons sont artisanaux. Avec de bons matériaux, nous pouvons améliorer notre production, l’accroitre et la mettre au service du continent parce que cela cadre avec la lutte contre la déforestation et le réchauffement climatique. Donc, ce serait bien que l’Etat nous accompagne. »

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En termes de perspectives, les jeunes promoteurs pensent à faire du nouveau concept, une marque déposée, une entreprise pour mieux avancer dans la commercialisation.

Aussi, informent-ils que des démarches sont en cours pour mobiliser le gouvernement et les partenaires en vue de passer à la vulgarisation et à la commercialisation de leur ouvrage. Ceci, de sorte que cette innovation qui a reçu une distinction aux 8èmes Jeux de la Francophonie en 2015 évite de n’exister que de nom.

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