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Abdou Maman : « Nous avons inventé un système qui permet à un agriculteur d’irriguer son périmètre à distance avec le téléphone portable »

Abdou Maman : « Nous avons inventé un système qui permet à un agriculteur d’irriguer son périmètre à distance avec le téléphone portable »

(Niamey et les 2 jours) - Déclencher l’irrigation de son champ à distance depuis une application sur son mobile. C’est l’innovation du Nigérien Abdou Maman (photo). Une prouesse qui lui a permis d’être lauréat du grand prix mondial « Hassan II » pour l’eau, décerné en 2015 ou encore du 3ème prix de la jeune entreprise africaine reçu la même année en marge du sommet «New York Forum Africa ». Fondateur de Tech Innov, une entreprise spécialisée dans les technologies et innovations, le concepteur du système de télé-irrigation, lancé il y a de cela trois ans, nous a accordé une interview dans laquelle il détaille la motivation l’ayant conduit à mettre sur pied ce système. L’entrepreneur parle également de nouvelles inventions qui seront déployées sans passer sous silence les défis auxquels il est confronté.

M. Abdou Maman, c’est quoi l’idée à retenir de la tété-irrigation dont vous êtes l’initiateur ?

La télé-irrigation est un concept qui consiste à irriguer une exploitation agricole au moyen de son téléphone portable.

En Afrique, plus de 80% de la population trime pour arroser, irriguer. Avec l’évolution des nouvelles technologies, nous nous sommes dit qu’il n’est pas possible de souffrir pour mener cette activité. C’est pour cela que nous avons inventé un système qui va permettre à un agriculteur d’irriguer à distance grâce au téléphone portable, avec une omniprésence sur son périmètre.

L’application est simple et il suffit de lancer l’appel. Le signal est intercepté par nos serveurs qui stimulent l’irrigation. L’agriculteur peut, lui-même, gérer depuis son mobile le temps imparti pour l’irrigation ou encore la quantité d’eau nécessaire pour l’irrigation.

Quel est l’impact de cette innovation dans le monde paysan ?

Avec cette technologie, un maraîcher bénéficie d’un impact considérable dans sa production et son revenu. Il y a un gain parce qu’il n’est pas obligé d’utiliser tout le temps l’arrosoir pour arroser. Aussi, y a-t-il un accroissement de superficies irrigables, une gestion efficace de l’eau au millimètre près. Il y a également une adaptation aux changements climatiques parce qu’il remplace l’énergie physique et thermique par l’énergie propre, l’énergie solaire.

Aujourd’hui, combien de paysans ont déjà adopté cette innovation de télé-irrigation ?

Au stade actuel, nous sommes à plus de 200 kits installés. Parmi ce nombre, il y a des kits individuels pour les petits périmètres, mais aussi des kits collectifs de communautés qui, sur un seul périmètre par exemple, peuvent englober 300 ménages utilisant la même surface étendue sur des dizaines de kilomètres d’hectares.

Mais, la demande est forte et nous travaillons pour la satisfaire parce que c’est de la sécurité alimentaire qu’il s’agit.

Quels sont aujourd’hui les défis auxquels vous êtes confronté ?

Le défi majeur est l’adoption de l’innovation. Une innovation est une rupture et qui dit innovation dit changement de comportement, dit amélioration, les gens y sont réfractaires. Donc, il faut du temps pour l’adoption de la technologie et la faire passer. Heureusement, nous avons pu amener la population à y adhérer. Maintenant, il faut la montée à l’échelle, c’est à dire accroître les capacités de production et de diffusion. Pour cela, il y a un besoin de financement et de partenariat pour accompagner notre plan de développement sur lequel nous travaillons actuellement.

Vous êtes porteur d’une innovation révolutionnaire pour le monde paysan en ce moment où il faut compter avec le réchauffement climatique. Quelles sont aujourd’hui vos ambitions pour étendre la disponibilité du système de télé-irrigation dans la sous-région ?

L’expérience du Niger a été une réussite depuis 3 ans que nous existons. Ce qui fait que nous avons beaucoup de sollicitations dans les pays de la sous région qui présentent les mêmes caractéristiques climato-écologiques. Et pour satisfaire cette demande, nous avons élaboré un plan 2017 – 2021 ciblant tous les pays de la sous région.

Aussi, sommes-nous en train de développer des dérivés de la télé-irrigation. Nous travaillons sur la recherche-développement pour améliorer le système et produire d’autres au profit de nos vaillants agriculteurs.

Dites-nous en plus sur les produits dérivés liés à cette innovation

Les produits dérivés sont multiples. Il y a d’abord le kiosque d’eau potable en milieu rural. Comme nous pouvons grâce à la télé-irrigation donner de l’eau à la végétation, nous nous sommes dit que l’être humain aussi aura besoin de l’eau potable. Raison pour laquelle, nous avons fait une dérivation de cette technique pour fournir l’eau potable à la population. Cette eau potable est produite à base de l’énergie solaire parce qu’on filtre l’eau avec le téléphone portable et les rayons ultra-violets du soleil.

Nous avons aussi le système d’abreuvage automatique. En Afrique, il est courant de voir un fermier avec un petit berger (conduisant des animaux). Il ne faudrait pas qu’il se déplace uniquement pour abreuver les animaux. Donc, nous avons créé ce système qui lui permettra de déclencher l’abreuvage de ses animaux à distance.

Nous avons aussi développé le fertilisant intelligent. Les terres ont besoin d’être fertilisés. Il ne faudrait pas que juste pour ça, l’agriculteur revienne sur le périmètre. Dorénavant, il peut déclencher à distance un système de bio-fertilisant intelligent pour distribuer de l’engrais liquide bio sur son périmètre.

Enfin, il y a la météo mobile qui collecte les données météorologiques et écologiques, à savoir la température, le taux d’humidité, la pluviométrie, la radiation solaire.

M. Maman, l’installation d’un kit de télé-irrigation est-elle à la portée de la bourse de nos paysans ? Quelle est la garantie de l’installation ?

La télé-irrigation a besoin de l’énergie solaire, c’est à dire les panneaux et la batterie, le moyen de diffusion, c’est à dire la pompe, et le moyen de distribution, c’est à dire le réseau que vous voyez.

Installer cette technique sur un hectare par exemple équivaut à un peu plus de 2 millions de Fcfa. Et ce qu’il faut considérer, c’est le retour sur investissement. En deux ans, vous pourrez récupérer ce que vous avez dépensé parce que vous aurez augmenté votre capacité de production. Après ces deux ans, ce n’est que du bénéfice puisque le système est installé une fois pour toujours.

La garantie est de 5 ans et vous avez une durée de vie des appareils installés de plus de 8 ans.

Un message à l’endroit de nos paysans ?

Un remerciement aux médias tout d’abord parce que c’est grâce à eux que cette technologie a pu être connue. Pour les fermiers, nous les invitons à s’intéresser davantage à la technologie. Et enfin, un remerciement aux autorités et à la communauté internationale.

Interview réalisée par Guevanis DOH

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