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Sotraco-Niger : « Maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement, des banques, des financiers, pour la pose de la première pierre.»

Sotraco-Niger : « Maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement, des banques, des financiers, pour la pose de la première pierre.»

(Niamey et les 2 jours) - Plusieurs mois après sa création, la Sotraco-Niger (Société de transformation et de commercialisation de l'oignon), au capital social de 100 millions FCFA, n’est pas encore fonctionnelle. Elle est en phase d’installation et ses dirigeants nommés recherchent actuellement des fonds pour la mise en place effective de ladite société qui a pour objectifs, la collecte, le stockage, la transformation et la commercialisation des oignons, au Niger et au niveau international.

Moustapha Kadri, Président du conseil d’administration de la Sotraco parle ici du niveau d’avancement du projet et invite les Nigériens, les banques et autres institutions financières à soutenir le projet par des financements et l’achat des actions.

Niamey et les 2 jours : Il y a quelques mois, Sotraco-Niger, (Société de transformation et de commercialisation de l'Oignon), a été créée. Où en est-on avec sa mise en service effective ?

Moustapha Kadri : Nous sommes à la phase d’installation de cette société. Dans un premier temps, nous avons sélectionné les producteurs. Des 70000 producteurs d’oignons que nous avons répertoriés au Niger grâce à l’association des producteurs de cette denrée, nous en avons sélectionné 4000 qui vont pouvoir produire de l’oignon selon les normes et la qualité, pour ravitailler cette unité de transformation qu’est la Sotraco.

Donc, à ce jour, les productions, les superficies cultivables de ces 4000 producteurs sont connues. Il ne reste plus qu’à les suivre, les former, les éduquer, les équiper, afin qu’ils produisent dans le respect des normes et la qualité. Ils vont produire de l’oignon que nous pourrons transformer en poudre ou en cube grâce à l’unité de transformation de la Sotraco. Des produits transformés qu’on pourra exporter aux Etats-Unis, en Europe sans difficulté.

L’un des objectifs de la Sotraco est de récupérer les pertes énormes que subissent les producteurs d’oignons. A titre d’illustration, nous produisons au Niger 700 000 tonnes d’oignons par an. Pourtant, nous n’en consommons que 20 000 tonnes, et n’exportons que 120 000 tonnes, selon des informations fournies par les services de douane. En faisant bien les comptes, il y a donc plus de 560 000 tonnes perdues, pourries ou jetées. Ce qui constitue un réel manque à gagner pour le producteur. Avec Sotraco, on pourra limiter ces pertes.

Après la sélection des producteurs, nous avons acquis une parcelle à Madawa, pour construire cette unité. Nous avons déjà le titre foncier et nous avons l’autorisation de construire. C’est un acquis. Egalement, le plan architectural et de fonctionnement de l’usine ont déjà été conçus.

Par ailleurs, nous avons eu le privilège d’avoir une étude environnementale qui a démontré que ce projet est réalisable et qu’il pourra développer le Niger. Notre société est en train de s’implanter au niveau régional et même international. Nous venons d’Abuja au Nigéria où elle a été sélectionnée parmi les projets rentables de la Cedeao.

Ce qui coince pour l’instant, c’est au niveau des finances. Nous sommes en pleine recherche des fonds soit le montant de 8,4 milliards de FCFA pour mettre en place ce projet d’envergure pour le Niger et pour l’Afrique.

C’est la raison pour laquelle nous appelons les banques, les microfinances et autres institutions financières qui appuient les producteurs et le secteur agricole, à s’investir pour que réussisse ce projet.

23526 in Niamey Moustapha Kadri

La Sotraco-Niger fugure parmi les projets jugés rentables de la Cedeao.

 

N2J : Parlant des finances, l’on sait que le secteur agricole est considéré comme à risque par les banques. Par ailleurs, en tant que projet nouveau, il représente un double risque pour ces institutions financières. Comment comptez-vous réunir ce montant ?

MK : Nous comptons sur le gouvernement, les entreprises et sur tout le peuple ainsi que les investisseurs. Il faut que nos gouvernants acceptent le fait que l’agriculture et l’élevage sont les seuls et uniques piliers incontournables pour le développement de notre pays et acceptent aussi d’accompagner les paysans. Pour cela, il faudra que l’Etat mette en service trois fonds au niveau des banques. Notamment, un fonds de garantie, également, un fonds de bonification, parce que les intérêts qu’on nous demande au sein des banques sont très élevés et ne sont pas à la portée du paysan. Et le troisième fonds, c’est celui de calamité qui permettra d’assurer les agriculteurs contre les dommages liés aux aléas climatiques et sécuritaires, entre autres. 

Par ailleurs j’exhorte la BAD, la BOAD, BIDC, à accorder un regard particulier sur l’industrialisation des produits agricoles de l’Afrique. Dans le secteur agricole, il y a beaucoup de pertes, d’où l’importance de la transformation. Par exemple, dans la filière oignon, nous jetons plus de 60% de ce que nous produisons.

N2J : Avez-vous aujourd’hui des promesses sûres de financements ?

MK : Nous avons rencontré des Indiens à Abuja et ils ont dit qu’ils sont prêts à financer le projet. Mais, ils ont posé des conditions, que nous allons transmettre à qui de droit. Nous savons que l’Etat pourrait remplir ces conditions. Nous pensons que nous sommes sur la bonne voie. Nous souhaitons que notre projet, qui figure parmi les priorités du Plan de développement économique et social (PDES) 2017-2021, soit accompagné en même temps que d’autres, sinon en priorité. Car, sur 99 projets, le nôtre a été sélectionné en 3è position des projets viables qui peuvent aider au développement du Niger.

N2J : Vous avez initié une recherche d’actionnaires pour pouvoir mobiliser les fonds nécessaires au lancement effectif de ce projet. Où en êtes-vous ?

MK : Les 4000 producteurs sélectionnés sont chacun actionnaire de cette structure car, chacun doit avoir au moins une action. Par ailleurs, nous avons fait appel aux sociétés nigériennes, aux importateurs et exportateurs, et ils sont entrain de souscrire. Le capital reste ouvert et il est d’ailleurs très facile d’être actionnaire de la Sotraco-Niger. Il suffit d’aller à la Bagri (Banque agricole) et souscrire à une ou plusieurs actions à raison de 10 000 FCFA l’action. Il faut que les Nigériens souscrivent massivement pour qu’on puisse vraiment constituer ce capital. Sotraco doit être la locomotive de nos produits agrosylvo-pastoraux si on veut vraiment lutter contre la pauvreté.

Le marché de la transformation est vierge au Niger. Or, on a des sociétés qui utilisent de la poudre d’oignon pour leur produit, malheureusement, tout est importé, car, ce qui est transformé localement pour l’instant, l'est de manière artisanale. Si cette unité sort de terre, elle sera la première du genre en Afrique et on aura plus besoin d’importer de la poudre d’oignon de Chine, d’Europe, on pourra l’avoir sur place et de bonne qualité. On a un besoin, et on a un marché. Donc, on peut oser.

N2J : Quelle est la capacité de production de la Sotraco ?

MK : Sur la production locale, on va dans un premier temps récupérer uniquement 22 000 tonnes. Nous allons la transformer en poudre et en cube. L’objectif étant à la longue, de récupérer toute la production non consommée et perdue des producteurs. Et les 700 000 tonnes produits actuellement le sont uniquement sur les 8% des terres cultivables d’oignon au Niger. Donc, on a 92% de la terre restant qu’on peut également aménager et produire de l’oignon.

N2J : A quand la mise en service de l’usine ?

MK : Nous souhaitons lancer les travaux de constructions de l’usine cette année ou au plus tard en 2019. Car, nous devons commencer à fonctionner en 2021, étant donné que nous sommes dans le PDES 2017-2021 du gouvernement. Mais ça ne dépend pas de nous. Nous avons déjà fait ce qu’il y avait à faire à notre niveau. Maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement, des banques, des financiers, pour la pose de la première pierre.

Propos recueillis par Sandrine Gaingne

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