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Moussa Amadou, DG du Génie rural: « Faire en sorte que les coopératives aient leur statut juridique et que les textes soient appliqués à l’ensemble de la chaîne »

Moussa Amadou, DG du Génie rural: « Faire en sorte que les coopératives aient leur statut juridique et que les textes soient appliqués à l’ensemble de la chaîne »

(Niamey et les 2 jours) - Niameyetles2jours vous avait servi les interviews des groupements de producteurs agricoles sur le statut juridique reconnaissant le métier d’agriculteur réclamé par les paysans nigériens. Au ministère de l’Agriculture, c’est le directeur général du Génie rural, Moussa Amadou, qui a répondu à nos questions sur le sujet. L’ingénieur de formation a aussi parlé des efforts réalisés par le gouvernement pour assurer la sécurité alimentaire au Niger.

Niameyetles2jours : Bonjour M. AMADOU. Depuis la mise en œuvre de l’initiative 3N (Les Nigériens nourrissent les Nigériens) en 2012, quel est son impact sur l’agriculture nigérienne ?

M.A : Il y a eu un grand changement. Depuis 2012, il n’y a plus de crise alimentaire au Niger. Nous avons mis en œuvre un programme d’urgence depuis 2012 qui a montré que nous pouvons éviter cela. A partir de 2013, le programme a été généralisé et les résultats sont là, les productions se sont renforcées.

Les producteurs ont à temps les intrants pour leur travail. Il y a aussi des efforts réalisés en matière de maîtrise de l’eau, à savoir la construction des aménagements hydroagricoles, des barrages, des bassins.

En matière d’irrigation, par exemple, nous nous sommes fixé l’objectif selon lequel la culture irriguée en saison sèche contribue à 40% du PIB agricole. De 2012 à 2015, nous avons constaté un bond de 20%. Et d’ici 2021, l’idée est de le porter à 40%, donc, nous sommes sur le bon chemin.

Nous avons constaté l’augmentation du rythme d’engagement, de mise en valeur d’aménagements agricoles. Nous projetons aussi de porter la production agricole, aujourd’hui de 500 000 tonnes, à 1 million, d’ici 2021. Donc, nous notons une augmentation de la production agricole et un changement au niveau de la mentalité parce que l’autre défi, c’est d’inculquer aux agriculteurs cette culture de ne pas se limiter uniquement à la culture de céréales.

 

Cela montre un travail de fond pour accroître la production agricole. Alors, que faites-vous pour améliorer les conditions de vie des agriculteurs ?

L’Etat fait aussi beaucoup d’efforts à ce niveau. Pour faciliter le travail, par exemple, il y a beaucoup de tracteurs disponibles aujourd’hui pour les agriculteurs. Il y a aussi les groupes motopompes dans le domaine de l’irrigation pour pomper de l’eau.

Aujourd’hui, les producteurs sont organisés. Vous avez le Réseau des chambres d’agriculture (RECA) au plan national et un réseau régional dans chacune des régions. Les producteurs sont aussi en train de se grouper en coopératives, etc., et le but est de les accompagner pour avoir in fine des entreprises agricoles puisque la culture irriguée permet de nourrir le producteur.

 

Le projet d’aller vers des entreprises agricoles coïncide avec une doléance des producteurs, en ce qui concerne le statut juridique qu’ils réclament. Qu’est ce que l’Etat pense par rapport à cette doléance ?

Tout récemment, l’Etat a adopté des textes en harmonie avec les objectifs de l’Uemoa, dans le sens de la protection des producteurs. Il y a aussi un travail de sensibilisation qui se fait pour que les producteurs eux-mêmes puissent avoir l’information et se l’approprier.

Au niveau du secteur irrigué par exemple, nous avons une réforme qui fait que vous avez des associations des usagers de l’eau, des coopératives avec l’appui de l’Etat. Il y a des conventions entre l’ONAHA (Office national des aménagements hydroagricoles, Ndlr) et les usagers de l’irrigation qui gèrent uniquement le volet Eau. Et la coopérative gère le volet « Production ». Et des efforts sont en train d’être faits pour mieux distinguer la coopérative de l’Association des usagers de l’eau.

Le but est de faire en sorte que les coopératives aient leur statut juridique et que les textes soient appliqués à l’ensemble de la chaîne. C’est-à-dire ceux qui se chargent de l’amont de la production (travaux des sols, fournisseurs d’intrants, de semences, de produits phytosanitaires), de la production elle-même (ceux qui se chargent de l’encadrement) et de l’aval de la production (conservation, transformation et commercialisation).

 

  1. Amadou, parlez-nous d’un autre défi que rencontre le Niger dans le domaine agricole. Nous voulons parler de la maîtrise de l’eau

Effectivement, nous rencontrons beaucoup de défis dans le domaine. Depuis pratiquement 1960, le Niger n’a pas réalisé une cinquantaine d’ouvrages de maîtrise de l’eau ou des barrages d’envergure parce qu’à l’époque, le Niger ne connaissait pas les problèmes liés au changement climatique. Et compte tenu du coût élevé de ces ouvrages, les politiques antérieures n’ont pas privilégié la construction de sites d’ouvrages.

Par contre, en ce qui concerne les aménagements hydroagricoles, le Niger a une grande politique dans le domaine et cela s’est fait de manière progressive, le long du fleuve (Niger). Donc, les défis qui se posent aujourd’hui sont des défis de financement, de conception de ces ouvrages et le défi lié au foncier.

Souvent, pour construire un ouvrage d’une telle envergure, il faudrait engager un dialogue avec les communautés. Le Niger a une particularité, la terre n’appartient pas à l’Etat, mais aux propriétaires terriens. Du coup, l’un des défis que nous rencontrons, c’est la clarification du statut foncier avant de construire les aménagements.

Depuis les années 60, c’est toujours une entente à l’amiable qui facilitait la construction de ces aménagements, sans indemnisation, mais de sorte que les premiers bénéficiaires soient les producteurs (les propriétaires terriens).

Aujourd’hui, nous rencontrons de plus en plus de difficultés par rapport à ces arrangements. Donc, deux défis, celui de trouver un consensus pour l’exploitation des terres et l’autre qui concerne le financement.

 

Généralement, il pleut moins de trois mois par an au Niger. Et la maîtrise de l’eau est incontournable. Quelles sont les initiatives prises par l’Etat pour rendre disponible l’eau aux producteurs ?

Depuis 2011, beaucoup d’efforts ont été consentis, surtout que nous savons que pour assurer la sécurité alimentaire, il ne faudra pas compter sur les pluies. Il faut aller vers le développement de l’irrigation. Le Niger dispose d’importantes quantités de ressources en eau de surface (cours d’eau, fleuve), et nous disposons de près de 11 millions d’hectares irrigables. Or, nous n’en avons pas plus de 200 000 sous irrigation actuellement. Donc, on a un potentiel en eau, en terre, un potentiel en main-d’œuvre et nous avons aussi l’énergie.

Ce qui reste actuellement, c’est le financement. Depuis 2011, le Président de la République a donné des orientations au gouvernement, dans le sens de faire de la maîtrise de l’eau, la priorité. La seconde est la maison du paysan et la troisième concerne la préservation de l’environnement.

Au Ministère de l’agriculture, nous avons élaboré un programme d’actions qui est décliné de l’initiative 3N. Il est prévu d’aménager 70 000 hectares de terres nouvelles (40 000 hectares de terre en grande irrigation, 30 000 hectares en petite irrigation) pour l’horizon 2016 – 2021. Construire 900 000 ouvrages de mobilisation des eaux (les barrages, les sites de pendage, les mares et les bassins). Nous sommes aujourd’hui à près de 360 ouvrages construits sur les 997 requis. 

Et, en ce qui concerne la mise en valeur des terres sous irrigation, nous sommes passés de 120 000 hectares, en fin 2015, à 160 000 hectares actuellement. L’objectif est d’aller à 358 000 hectares, d’ici 2021, soit une progression de 20% chaque année.

Actuellement, nous avons un financement pour plus de 600 ouvrages à construire.

En matière d’aménagement, pour les 40 000 hectares en grande irrigation, près de 4000 hectares en matière de maîtrise d’eau sont déjà prêts et nous sommes à près de 30 000 hectares prêts pour la petite irrigation.

Donc, des efforts importants sont en train d’être faits. Entre 2011 et 2015, nous avions eu des problèmes de financement, ce qui a ralenti le rythme de construction des ouvrages.

Mais, la bonne nouvelle est qu’avec les constructions en cours, on note un engouement auprès des producteurs qui ont compris que ce n’est qu’à travers la maîtrise de l’eau que nous pourrons aller à la sécurité alimentaire.

Interview réalisée par Guevanis DOH

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