Agro

Djibo Bagna, sur le statut juridique de l’agriculteur : « On aura un droit de regard, on pourra canaliser et professionnaliser le métier»

Djibo Bagna, sur le statut juridique de l’agriculteur : « On aura un droit de regard, on pourra canaliser et professionnaliser le métier»

(Niamey et les 2 jours) - Cela fait un mois que Niameyetles2jours vous informait du souhait des producteurs agricoles (agriculteurs, pêcheurs, éleveurs) de disposer d’un statut juridique de reconnaissance de leur métier. Après l’interview de Youssouf Elmoctar du Réseau des chambres d’agriculture du Niger (RECA) la semaine dernière, c’est le tour du président du Conseil d’administration de la plateforme paysanne du Niger (qui regroupe 11 organisations faitières), Djibo Bagna (photo) explique l’importance de ce statut pour leur métier.

N2JRS : Djibo Bagna, bonjour. Les agriculteurs réclament un statut juridique qui reconnaît leur métier. Qu’en est-il exactement ?

DB : Bonjour. Depuis un certain temps et ce n’est pas seulement au Niger, les producteurs agricoles (pas seulement les agriculteurs, il y a aussi les pêcheurs, les éleveurs) réclament un statut parce que pour toute action que l’on mène, on a besoin d’avoir un statut. Au niveau de l’organisation du travail, vous prenez n’importe quel secteur aujourd’hui, à commencer par les plantons, on reconnaît leur statut. Et ce statut leur donne des avantages, des droits mais aussi des devoirs.

Malheureusement au niveau du secteur agricole, nous n’avons pas de statut. Il y a cette appellation là qui dit simplement qu’on est paysan. Ce qui ne valorise pas.

C’est pour cela que nous nous sommes dit que même pour avoir des avantages, mais également pour mieux défendre notre profession, on a besoin d’avoir un statut qui doit être juridiquement reconnu. Il faut une législation qui donne des détails sur les caractéristiques d’un paysan, et les catégories disponibles dans le métier. Nous pourrons ainsi, distinguer les producteurs selon leur niveau et leur catégorie. Et par rapport à ça, la législation dira exactement la mission assignée et les avantages d’une telle fonction. Donc, c’est d’abord reconnaître le rôle que le producteur joue. Que ce soit durant les rencontres nationales ou internationales, les acteurs se mobilisent pour une reconnaissance juridique de l’agriculteur, du pêcheur ou de l’éleveur.

N2JRS : Qu’est ce qu’un statut va apporter au quotidien du producteur agricole nigérien ?

Ce statut va nous garantir notre fonction. Cela peut nous donner les droits que les autres fonctionnaires et travailleurs ont dans leur métier et nous pourrons défendre valablement notre métier. Le statut nous permettra d’être respectés et notre travail sera reconnu. Ainsi,, l’Etat va nous reconnaître nos droits et nos devoirs.

A titre d’exemple, si vous prenez aujourd’hui comment on est en train d’accaparer les terres, comment on est en train de solliciter toute personne dès qu’il y a une opportunité qui se présente dans le secteur, vous verrez que tout le monde se transforme en agriculteur ou en éleveur.

Avec le statut, on aura un droit de regard sur ceux qui viennent dans le métier, on pourra canaliser et professionnaliser le métier.

Cela nous permettra aussi de jouir des droits et dans la catégorisation des secteurs professionnels, nous aurons notre place. Et d’ailleurs avec la célébration de l’année internationale de l’agriculture familiale, il a été demandé au niveau des Nations unies que les producteurs agricoles puissent aussi avoir un statut au même titre que les autres métiers.

Un autre défi auquel le Niger fait face pour accroître sa productivité agricole, c’est la maîtrise de l’eau. Présentez-nous la situation

Le Niger est un pays sahélien. Malgré cela, nous avons un potentiel en eau souterraine mais nous avons un potentiel en période hivernale durant laquelle, nous avons une grande quantité d’eau. En un seul jour, vous pouvez enregistrer plus de 200 millimètres d’eau. Maîtriser l’eau, pour nous, c’est d’abord la conserver en période hivernale pour développer le secteur agro- sylvo-pastoral.

L’autre élément est que tout le monde sait qu’avec l’hivernage, on n’arrive pas à avoir de la nourriture pour tout le monde. Donc, je pense qu’en s’orientant vers l’irrigation, on pourra non seulement augmenter la production, mais aussi occuper les producteurs toute l’année. Autrefois, ils étaient occupés durant 3 mois sur 12. Aujourd’hui, nous n’avons plus trois mois de pluie tout le temps. Avec la maîtrise de l’eau, on pourrait avoir des retenues (d’eau, nldr), on pourrait diversifier les activités. Le plus important est de pouvoir maîtriser l’eau pour maîtriser aussi la production.

C’est d’ailleurs en ce sens que nous avons un Centre dans lequel nous recevons des producteurs que nous formons surtout dans le cadre de la maîtrise de l’eau pour qu’on puisse les doter de capacités leur permettant de produire sur toute l’année.

Le 12 avril prochain, nous recevrons 120 personnes dans le Centre que nous formerons. Cela entre dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens) dans les communes de convergence pour non seulement qu’on prépare les producteurs à la maîtrise de l’eau, à la transformation, mais surtout au suivi. C’est grosso modo pour montrer aux autorités en quoi la maîtrise de l’eau est un élément déclencheur du développement rural et nous pensons que les acteurs vont accompagner le processus pour que dans la plupart des communes de convergence, on puisse former des gens qui soient capables de produire, de transformer et de pouvoir s’orienter vers le marché.

Donnez-nous plus d’exemples simples sur l’impact qu’aura la maîtrise de l’eau sur l’agriculture nigérienne

Nous avons beaucoup de zones agro-écologiques ici. La nappe souterraine n’est pas profonde au Niger. Avec des systèmes très simples, des puisards par exemple, on peut avoir de l’eau en grande quantité, et donc, produire. Par exemple, aujourd’hui, on peut faire du sorgho, du niébé, la pomme de terre, le mil en culture de contre-saison. Avec l’INRA (Institut national de la recherche agronomique du Niger, ndlr), on peut diversifier et avoir deux récoltes en saison sèche. Donc, si l’on a cet atout et en plus, une récolte en période hivernale, c’est clair que nous aurons le complément ou au-delà.

Toutes les pommes de terre (culture de contre-saison, ndlr) que les producteurs d’Agadez (au Nord) sont en train d’emmener à Niamey (Sud), on peut le faire partout au Niger. Et il n’y a pas que ça. On peut produire le niébé et le sorgho aussi en contre-saison.

Même dans le domaine de l’élevage, on peut faire du fourrage en grande quantité pour nourrir les animaux surtout avec l’insécurité et la transhumance qui posent problème. On peut aussi développer la pisciculture avec la maîtrise de l’eau.

L’Etat vient de créer un système d’accompagnement (ACTA ; Agence de promotion du conseil agricole, ndlr) qui va nous aider dans la vulgarisation, mais surtout des accompagnements de proximité pour que les producteurs puissent produire suffisamment, transformer et aller vers le marché.

Interview réalisée par Guevanis DOH

 

Dans les prochains jours, Niameyetles2jours vous fera lire une interview sur ce que fait le gouvernement pour satisfaire à la demande du statut juridique réclamé par les producteurs agricoles et sur les efforts consentis en matière de maîtrise de l’eau.

Une technologie révolutionnaire pour votre future résidence à Niamey

Banner 4

Banner 1

Banner 3

Please publish modules in offcanvas position.