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Youssouf Elmoctar, secrétaire exécutif du RECA : « Sur la grande partie des surfaces cultivables du Niger, nous avons un sérieux problème de mobilisation d’eau »

Youssouf Elmoctar, secrétaire exécutif du RECA : « Sur la grande partie des surfaces cultivables du Niger, nous avons un sérieux problème de mobilisation d’eau »

(Niamey et les 2 jours) - L’agriculture, l’élevage et la pêche font à eux seuls, 50% du PIB du Niger et emploient 80% de la population. Même si l’Etat fait des efforts pour améliorer la productivité agricole et résorber le défi de la sécurité alimentaire, l’agriculture nigérienne reste confrontée à des problèmes. L’absence d’un statut juridique encadrant le métier et la maîtrise de l’eau (le pays étant constitué à 80% du Sahara et du Sahel). Pour connaître le vécu des agriculteurs nigériens face à ces défis, nous avons reçu Youssouf Elmoctar (photo), secrétaire exécutif du Réseau national des Chambres d’agriculture au Niger (RECA).

N2JRS : Bonjour Youssouf Elmoctar. Quelles sont les conditions dans lesquelles les agriculteurs nigériens travaillent aujourd’hui ?

Youssouf Elmoctar: Les conditions sont difficiles, mais sont en train d’évoluer. Avec le développement des technologies, les équipements disponibles dans certaines zones (Agaya, Agadez) ne sont plus aussi aratoires. Il y a aussi d’autres technologies qui sont en train d’être développées et sont accessibles à certains producteurs.

Du point de vue environnemental, les aléas climatiques continuent d’être un défi. Et c’est dans ce contexte qu’évolue le producteur nigérien.

Durant le « Sahel Niger 2018 », vous avez réitéré votre volonté d’avoir un statut juridique qui reconnaît le métier d’agriculteur. Pourquoi ce statut ?

Un statut juridique pour reconnaître que le métier d’agriculteur est une profession. Aujourd’hui, vous prenez un vulgarisateur, il a droit à un NIF (Niveau d’identification fiscal) pour son entreprise. Il doit en être de même pour le producteur. Qu’il soit agriculteur, pêcheur, éleveur, pisciculteur, apiculteur, transformateur, etc. Le statut juridique veut dire simplement qu’il y a une législation qui définit l’exercice de cette profession pour qu’on sache qui est agriculteur, qui ne l’est pas, quelles sont les conditions à remplir, etc.

Et ce statut peut permettre aux producteurs d’avoir droit à des cartes professionnelles. Ainsi, lorsqu’ils iront dans les banques, on les considérera comme les autres professions et ça les protégera.

L’agriculture est un métier qui regorge plusieurs professions et c’est un métier dans lequel le savoir-faire se transmet de génération en génération, donc, il faut protéger les travailleurs dans ce métier.

C’est très désolant qu’un agriculteur commence jeune ; à 18 ans sa profession dans le secteur agricole et qu’à 65 ans, il n’ait même pas eu le droit de cotiser pour sa retraite. Il faut qu’il puisse jouir du travail qu’il a fait pendant tout ce temps. Avec ce statut, l’indice de pauvreté va changer parce qu’il sera question d’intégrer des personnes qui travaillent, mais dont le travail n’est pas reconnu tout simplement parce que leur profession n’a pas de statut juridique.

Cela va même fondamentalement changer le rapport de force existant entre le secteur financier (banques, IMF) et ces producteurs. Aujourd’hui, si un producteur veut prendre un prêt à la banque pour son activité par exemple, le prêteur prétend que les 500 vaches à son actif, ne sauraient constituer une garantie pour obtenir le prêt. S’il va vers la banque en tant que professionnel, le statut jurique permettra de reconnaître la valeur de ces vaches comme garantie pour accéder au financement. Et dire que 80% de la population nigérienne n’a pas ce statut, je pense que c’est dommage. Le pays n’est pas fait que pour les fonctionnaires. Ailleurs, c’est le nombre d’hectares que vous avez qui évalue votre richesse, ce n’est pas forcément les diplômes que vous avez.

Derrière l’agriculteur, combien de familles sont nourries, combien d’hectares d’exploitation agricole, combien d’opérations sont faites d’achat et vente.

N2JRS : De manière concrète, citez-nous 2 ou 3 avantages que ce statut apportera aux agriculteurs 

Pour récapituler, il faut que cette profession soit reconnue par la loi. Cela permet de créer un meilleur rapport de force entre les institutions de financement et ces professionnels. Cela permettra aussi que les agriculteurs puissent se mutualiser, pouvoir cotiser pour préparer leur retraite. Ce sont des gens qui travaillent 8 mois sur 12 en permanence. Ce sont des professionnels qui gagnent des ressources, mais ils ne sont pas capables d’accéder à certaines prestations sociales qui peuvent leur permettre de garantir leur retraite.

Enfin, il faut que tout acteur dans ce domaine, puisse avoir accès à certains droits parce qu’il y a beaucoup d’employés fixes, temporaires et il faut que tout ceux là soient protégés.

  1. Elmoctar, le Niger étant un pays saharien, les précipitations ne font pas plus de deux mois dans l’année, ce qui pose un problème de disponibilité d’eau pour la productivité agricole. Parlez-nous des défis que rencontrent les agriculteurs en matière de maitrise de l’eau

Les principaux défis sont la mobilisation de l’eau en elle-même. Nous avons un pays avec un fleuve (fleuve Niger, l’un des plus longs du continent) et une nappe souterraine bien chargée à certains endroits, mais également très profonde dans la plupart des cas.

La maîtrise d’eau n’est pas totale sur les superficies cultivables (relativement petites), à part les aménagements hydro-agricoles, mais sur la grande partie des surfaces cultivables du Niger, nous avons un sérieux problème de mobilisation de cette eau, que ce soit au niveau du captage, que de la distribution.

Avec les appuis que l’Etat est en train d’apporter aux producteurs à travers les projets et programmes mis en œuvre notamment, l’initiative 3N, je pense qu’on a constaté un bond dans la productivité. Il y a un accroissement de la productivité au niveau des céréales, du maraîchage. Même au niveau des éleveurs, il y a des points d’eau qui ont été créé de sorte que le maillage soit réduit en ce qui concerne les zones de pâturage.

Grosso modo, on peut dire que le processus de maîtrise d’eau est en marche, mais il subsiste toujours, ce souci technique lié à la technologie d’irrigation. Il subsiste aussi ce problème de maillage des points d’eau pour l’élevage.

N2JRS : Comment ces points d’approvisionnement en eau sont-ils utilisés pour augmenter la production agricole ?

Au niveau des zones de production, il y a des sondages qui sont faits et aussi des puits construits ici et là de manière traditionnelle, à partir des niveaux statiques des nappes. A partir de là, on évalue la quantité d’eau pour satisfaire la production nationale.

Il était possible de fournir de l’eau de manière manuelle à partir des forages, mais aujourd’hui, on réalise des forages motorisés. Cette accessibilité s’est étendue et je pense que les marchés sont abondés de différents types de culture, que ce soit les cultures pérennes, de maraîchage, etc. Sinon, l’eau est de bonne qualité, les terres aussi et la technologie est en train d’être déployée. Le principal problème, c’est le financement de cette technologie, l’accessibilité de cette technologie au producteur. Et c’est en train d’être réalisé avec le projet FISA (Fonds d'investissement pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle) à Zinder, Diffa, Maradi, Dosso, bientôt Agadez et Tillabéry. Nous pensons que ca va se poursuivre avec le financement.

Interview réalisée par Guevanis DOH

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