Culture

Boniface Mongo-Mboussa : « La littérature a été l’apport le plus important des indépendances »

Boniface Mongo-Mboussa : « La littérature a été l’apport le plus important des indépendances »

(Niamey et les 2 jours) - Boniface Mongo-Mboussa est écrivain et critique littéraire. Rencontré dans la médiathèque du Centre culturel français Jean Rouch du Niger à l’occasion du lancement de la 5ème édition des rencontres littéraires de Niamey, ce docteur en littérature comparée a accepté livrer son analyse sur la littérature africaine en cette journée mondiale de la Francophonie.

Niameyetles2jours : Quel regard portez-vous sur la littérature africaine ?

Boniface Mongo-Mboussa : Si on fait le bilan depuis les indépendances, on constatera que dans le domaine de la littérature, la mission a été accomplie dans la mesure où la date de naissance officielle de cette littérature remonte aux années 40, 50. Pratiquement, en un demi-siècle, il y a eu des chefs d’œuvres extraordinaires. Des figures comme Senghor, Cesaire (même s’il est antillais, on le considère comme africain parce que c’est un des co-fondateurs de la négritude). Il y a eu des écrivains africains ayant gagné des grands prix. Nous avons aujourd’hui au moins 5 lauréats au prix Renaudot (Alain Mabanckou, Yombo Ouologuem, etc).

Donc, la littérature a été l’apport la plus importante des indépendances. Il faut s’imaginer que jusqu’aux années 30, nous étions l’objet de discours des autres. Nous-mêmes n’avions pas droit à la parole.

Un demi-siècle après, il y a eu des textes qui nous avaient décrits comment nous sommes avec nos réalités, nos qualités, etc. Par exemple, à une époque où il n’y avait pas de « démocratie », la seule parole africaine audible qui pouvait critiquer, dénoncer, c’était la littérature africaine.

C’est visiblement ce qui vous emmène aux rencontres littéraires de Niamey ?

Je suis là justement pour montrer que c’est l’une des contributions les plus importantes de l’Afrique au cours de cette deuxième moitié du 20ème siècle. On a donné à voir au monde nos saveurs, nos odeurs, nos paysages, nos conflits, nos douleurs, nos bonheurs. C’est très important parce que cela participe à un travail de la mémoire.

La seconde raison pour laquelle je suis là c’est parce que le Niger est l’un des pays fondateurs de la Francophonie. C’est aussi ici que Jean Rouch (réalisateur français décédé au Niger en 2004 et particulièrement connu pour ses films ethnographiques sur les peuples africains, ndlr) a fait un travail cinématographique. Et aussi le Niger est un pays carrefour entre l’Afrique du nord et celle subsaharienne.

La littérature africaine occupe-t-elle une bonne position vis-à-vis des autres littératures notamment celle française ?

Ceux qui remplissent les départements des études romanes en France, ce sont les francophones. C'est-à-dire que la littérature francophone étant plus jeune, plus ancrée sur le quotidien est beaucoup étudiée dans les départements français aux Etats-Unis. Donc, on se rend compte que l’apport de la littérature francophone vient pallier le déclin de la littérature française. Cela ne veut pas dire qu’elle est meilleure. Cela veut dire tout simplement que les Etats Unis, un pays dynamique axé sur tout ce qui est jeune, préfère étudier la littérature francophone que Montaigne, Racine, etc.

Même sur le plan national (en France), il y a une année où tous les prix littéraires avaient été obtenus par des francophones, des non français. Donc, c’est une littérature qui pèse beaucoup dans le rayonnement de la langue française. Elle traite des problèmes qui touche beaucoup l’humain comme les enfants soldats, le génocide, etc., alors que la littérature française est devenue beaucoup plus bourgeoise, plus autobiographique, moi, mes problèmes…

Interview réalisée par Guevanis DOH

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